Le procureur Yves Moreau a débuté son réquisitoire lundi matin devant la cour d'assises en présentant les "règles du jeu" du procès pénal. Au travers de cette première partie, très théorique, de son réquisitoire, le magistrat a déjà toutefois fait une parenthèse pour dénoncer certaines allégations de la défense de Mehdi Nemmouche, le principal accusé, les qualifiant à la fois de "stupides", "choquantes" et "scandaleuses". Yves Moreau a expliqué aux jurés que la preuve est libre en droit pénal. Autrement dit, les parties au procès peuvent utiliser n'importe quel élément du dossier pour estimer qu'il s'agit d'une preuve, tant que ces éléments ont été obtenus licitement et loyalement.

"A ce propos, je peux déjà vous assurer qu'il n'y a pas eu la moindre tricherie dans cette affaire. Personne n'a traficoté quoi que ce soit, personne n'a rajouté ou retiré des lunettes sur quelque image que ce soit", a-t-il dit, faisant référence au fait que la défense de Mehdi Nemmouche a accusé des enquêteurs d'avoir fait disparaître, sur les portraits tirés des images de vidéo-surveillance du Musée juif, les lunettes de soleil que portait l'auteur des faits.

"Nous avons nous-mêmes écrit que l'analyse de l'ensemble des images permet de penser que l'auteur portait des lunettes de soleil! C'est profondément stupide ce qu'on essaie de nous dire de l'autre côté de la barre! ", s'est exclamé le procureur.

"Ce qui me heurte le plus dans la défense de Mehdi Nemmouche, c'est que la fin justifie les moyens. Pour essayer de faire croire que cet homme est innocent, elle n'hésite pas à piétiner l'honneur des gens, des juges, des enquêteurs... En les traitant de manipulateurs et d'affabulateurs. C'est choquant et scandaleux", a-t-il dit.

"Utilisez vos outils, à savoir votre bon sens, votre esprit critique, votre rigueur intellectuelle" pour "décoder les silences et attitudes de Mehdi Nemmouche, son 'DAS' (droit au silence, NDLR), ses rires, son humour pendant les interrogatoires... Utilisez vos outils et dites-nous ce que vous voyez", a adressé le magistrat aux jurés.

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"Apporter une vérité judiciaire face au silence et aux mensonges des accusés"

Il revient à la justice d'apporter une vérité face au silence de Mehdi Nemmouche et aux mensonges de Nacer Bendrer, accusés devant la cour d'assises de Bruxelles de la tuerie au Musée juif de Belgique, avait adressé un peu plus tôt lundi matin le procureur fédéral Bernard Michel aux membres du jury.

La tuerie a constitué la première attaque terroriste islamiste sur le sol belge, commise par des personnes qui sont "parties en Syrie se nourrir de haine contre l'Occident", a souligné d'emblée le procureur, qui a dénoncé un acte "lâche".

M. Michel s'est souvenu de la "vision dramatique, horrible, de l'impression de silence" qui l'a envahi lorsqu'il est descendu sur les lieux des faits, le 24 mai 2014. "Un silence lourd, interrogateur, d'effroi, d'incompréhension. Un silence qui marque, le même que j'ai ressenti au métro Maelbeek, et que mes collègues français ont dû ressentir à Charlie Hebdo et à Paris."

Tous ces attentats sont "nés dans le même moule, leurs auteurs étaient animés par la même intention, (...) au nom d'une religion dont ils ont tordu les fondements", a poursuivi le procureur fédéral.

Le 30 mai 2014, lorsqu'il a été informé de l'arrestation de Mehdi Nemmouche à Marseille, Bernard Michel a posé quatre questions à son homologue français. Le suspect portait-il une casquette Nike? La crosse de sa kalachnikov était-elle repliable? Portait-il une caméra de type Gopro? Des chaussures à semelle claire?

"Dès que j'ai eu une réponse affirmative aux quatre questions, j'ai su que l'auteur de la tuerie au Musée juif avait été arrêté. Il y a eu de l'apaisement, parce qu'on craignait un scénario à la Mohamed Merah", soit de nouvelles tueries, a expliqué le magistrat.

Pour ce dernier, le silence sur le lieu des faits "fait écho" à celui de Mehdi Nemmouche, "qui semble si peu concerné alors qu'il avait promis un grand déballage". Ce silence est "indécent et provocateur à l'encontre des familles", a insisté M. Michel.

Quant à Nacer Bendrer, le procureur a dénoncé ses "mensonges" et ses trous de mémoire, qui témoignent selon lui de sa "lâcheté".

Face à ce silence et ces mensonges, c'est à vous de construire une vérité judiciaire, a-t-il adressé aux jurés.

"Nous ne nous promenons pas avec une guillotine sous le bras", a encore dit M. Michel, en référence à une remarque de l'avocat de Mehdi Nemmouche. "Notre présentation du dossier sera objective et impartiale", a conclu le magistrat, qui a préventivement dénoncé la "lecture tronquée" des conseils du principal accusé, qui va essayer d'attirer la cour dans "la toile qu'ils ont tissée".

Le procureur, qui a déjà indiqué qu'il demandera au jury de prononcer la culpabilité de Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, a ensuite laissé la parole à son collègue Yves Moreau.