Thomas Dusausoy, 20 ans, étudiant en troisième année à l’UCL, qui avait dévalé un talus situé en bordure de la voie ferrée et avait été retrouvé à côté des rails, à proximité de la gare de Louvain-la-Neuve (LLB des 12 et 13 octobre), a succombé à ses blessures. C’est un conducteur de train qui, croyant avoir heurté la victime, a donné l’alerte, vendredi, vers 5h30 du matin. Les secours ont découvert le corps du jeune homme, le long de la voie 3. Les pompiers de Wavre l’ont emmené à la clinique Saint-Pierre dans un état désespéré. Thomas n’a, hélas, pas survécu.

Le parquet privilégie la thèse de l’accident. Thomas avait participé, jeudi soir, à une soirée bien arrosée. Il semble qu’un des organisateurs de la soirée lui ait "confisqué" ses clés de voiture et l’ait convaincu de rentrer à pied chez lui.

Lettre ouverte

Rien ne laisse croire que le jeune homme ait pu être agressé ou poussé au bas du talus par une tierce personne. Il est vraisemblable que, gagné par l’ivresse, il ait chuté accidentellement, pour se retrouver six mètres en contrebas. Cette chute lui aurait été fatale. Cet habitant de Lasne était très apprécié de ses amis. Considéré comme un bon étudiant, de commerce agréable, serviable, généreux, aimant la vie, il laisse une famille éplorée.

Ses parents ont écrit une lettre ouverte extrêmement émouvante, envoyée par le papa de Thomas à LaLibre.be (intitulée "Lettre ouverte à tous les étudiants qui font la guindaille", elle est disponible en cliquant ici), dans laquelle ils tentent de mettre les jeunes de l’âge de leur fils en garde contre les ravages de la boisson lors des soirées de guindaille très alcoolisées.

Samedi, les dirigeants de l’université catholique de Louvain (UCL) ont présenté leurs condoléances aux proches de l’étudiant de 3e bac. Même chose pour la Louvain School of Management (LSM) à laquelle appartenait Thomas. L’UCL a invité ses étudiants à manifester un geste, à titre individuel ou collectif, à sa mémoire.

L'alcool fait des ravages chez les jeunes

Dans le communiqué que ses dirigeants ont publié samedi, l’université catholique de Louvain évoque la consommation d’alcool, parfois outrancière, au sein des milieux estudiantins. Ce lundi, les autorités de l’UCL se réuniront "afin de réévaluer les mesures de sécurité encadrant les 24h vélo (NdlR : qui se déroulent mercredi et jeudi de cette semaine) et de prendre, le cas échéant, des décisions complémentaires pour que cette manifestation se déroule dans les meilleures conditions".

Par ailleurs, l’université relaiera, à l’attention de tous les étudiants, la lettre ouverte rédigée par les parents du jeune homme décédé (voir par ailleurs).

Didier Lambert, vice-recteur aux affaires étudiantes, estime qu’il est "essentiel que chacun prenne le temps de la réflexion quant aux dérives liées à la surconsommation d’alcool".

De nombreuses mesures préventives sont mises en place depuis plus d’une vingtaine d’années, rappelle l’UCL.

Notamment, un dialogue constant établi avec les étudiants et les responsables de l’animation étudiante. Et, chaque année, de nouvelles décisions sont prises afin d’encadrer au mieux la vie étudiante, précise encore l’université.

Il est de notoriété publique que la vie estudiantine est propice à la consommation d’alcool. Elle a lieu lors des baptêmes, lors des nombreuses activités ludiques ou folkloriques organisées par ou pour les étudiants des différentes facultés des différentes universités du pays (la Saint-Nicolas, la Saint V, les 24 heures vélo, etc.) et lors de rassemblements festifs de toute nature. Cette consommation est parfois excessive et elle peut avoir de graves répercussions chez des jeunes qui font, souvent, connaissance avec l’alcool dans ces circonstances.

L’Union européenne attribue à la consommation d’alcool entre 9 et 10 % de la morbidité et de la mortalité observées en son sein.

Selon "Jeunes, alcool et société", une association belge composée de 11 partenaires issus de la santé, de l’éducation et de la jeunesse (comme le Conseil de la jeunesse, la Fédération des étudiants francophones, Infor-drogues ou la Ligue des familles), qui se base sur une étude menée à l’ULB, la Belgique est 3e au triste hit-parade européen de la consommation régulière d’alcool chez les jeunes. Entre 1992 et 2004, le pourcentage de jeunes déclarant avoir été ivres plus d’une fois est passé de 18 % à 26 %.

"Binge drinking"

En termes de santé publique, disent les experts, ce n’est pas tant la consommation d’alcool en soi qui occasionne des problèmes, mais plutôt les risques qu’une consommation excessive entraîne pour d’autres comportements (conduite d’un véhicule, violence, relations sexuelles, …).

En outre, chez les jeunes de nombreux pays européens, s’est développé ces dernières années un phénomène qu’on appelle le "binge drinking", qui consiste à se livrer à une alcoolisation excessive dans le but d’atteindre un état d’ivresse le plus rapidement possible. Une pratique qui, selon les médecins, peut entraîner des effets délétères à moyen et long termes : lésions parfois irréversibles du cerveau, retard de maturation, etc.

Selon diverses études, beaucoup de jeunes - et, parmi eux, des mineurs d’âge en nombre significatif - n’ont aucune conscience du fait que leur consommation peut être dangereuse. La perception du danger diminue en outre avec l’âge et les expériences de consommation.

Certaines catégories sociales sont plus vulnérables que d’autres, mais la consommation à risque touche largement la communauté estudiantine dans son ensemble, même si l’appartenance à un milieu favorisé ou à une famille où l’on boit peu peut contribuer à la modération.

Enfin, les observateurs notent une certaine propension des jeunes consommateurs à se tourner de plus en plus vers des alcools "durs", comme le whisky ou la vodka, au détriment de boissons comme la bière par exemple.