Exit la culture d’entreprise actuelle du mastodonte ferroviaire, la CEO dévoile son "plan d’attaque". Cela déménage !

Elle n’aura pas marqué une seule seconde d’interruption ni montré le moindre signe de fatigue. Pendant plus de deux heures sans discontinuer, Sophie Dutordoir a littéralement capté (et est parvenue à garder !) l’attention de son auditoire. Un "enthousiasme contagieux", qualifieront certains, qui sera salué par bon nombre de membres de l’assistance. La nouvelle patronne de la SNCB passait ce mercredi son premier et très attendu "grand oral" devant les parlementaires en commission Infrastructure de la Chambre. Elle venait y présenter sa vision stratégique pour le rail belge. Son tout premier "speech" officiel, donc, depuis son entrée en fonction en mars dernier.

Dès son arrivée derrière le pupitre, l’ex-figure de proue d’Electrabel a marqué les esprits par quelques "punchlines" soigneusement préparées : "Lorsque j’ai accepté de reprendre les commandes de l’entreprise ferroviaire, on m’a dit que j’étais kamikaze. Il se fait que je ne suis pas faite pour les choses faciles, ni pour un long fleuve tranquille […]. Je suis convaincue qu’une entreprise publique peut faire aussi bien qu’une entreprise privée". Ou encore : "Je ne peux pas accepter l’idée que la SNCB serait par nature, ou par je ne sais quelle fatalité, moins apte que d’autres sociétés publiques comme Proximus ou bpost à se transformer en profondeur."

" Moins d’un collaborateur sur 2 a une adresse email… "

Très vite, Sophie Dutordoir s’est attaquée au nœud délicat et ancestral de l’entreprise ferroviaire : sa culture d’entreprise. "Les priorités du passé ont fortement impacté la culture d’entreprise de la SNCB. Celles-ci sont aujourd’hui totalement inadaptées. La structure organisationnelle est caractérisée par une hiérarchie trop forte, quasi-militaire et à sens unique […]". Et d’épingler dans la foulée un autre problème : "L’environnement informatique de la SNCB est obsolète. Voyez plutôt : moins d’un collaborateur sur deux a une adresse email au sein de l’entreprise ! Comment est-ce possible ? Il y a une nécessité impérieuse de transformer d’urgence cette superbe SNCB."

Pour ce faire, la nouvelle CEO a présenté ses grandes priorités. Avec la sécurité d’abord et "avant tout", a-t-elle martelé à foison. La grande patronne promet que l’ensemble du réseau ferroviaire sera équipé du système de freinage automatique ETCS en 2023. Concernant les navetteurs, elle rappelle que la SNCB bénéficie d’un budget annuel de 50 millions d’euros et d’un budget supplémentaire anti-terrorisme de 43 millions d’euros à l’horizon 2020 destiné entre autres à l’installation de caméras de surveillance dans les gares et dans les trains.

Sécurité, modernité, mobilité… et une dette à stabiliser

Sophie Dutordoir souligne ensuite l’importance cruciale de la communication à l’heure des médias sociaux et autres applications mobiles. Elle rappelle que la mise en œuvre du futur plan de transport qui comprend notamment une hausse de 5 % de l’offre est prévue pour décembre prochain. Le plan pluriannuel d’investissements 2018-2022 sera présenté au second trimestre 2018. La finalisation des chantiers du RER sur les lignes reliant Bruxelles à Nivelles, Ottignies et Denderleeuw sera réalisée. La gare de Fleurus sera réhabilitée pour desservir l’aéroport de Charleroi. Enfin, une ligne internationale Namur-Charleroi-Maubeuge-Paris sera étudiée.

Elle a également annoncé la "fin des gares pharaoniques" au profit, entre autres, du rehaussem ent des quais. Elle souhaite promouvoir la mobilité des travailleurs au sein de l’entreprise et le télétravail quand cela est possible. Elle a également annoncé le rassemblement de toutes les équipes de direction dans un seul bâtiment à Bruxelles-Midi. Last but not least, elle a promis à son auditoire de parlementaires de respecter ses engagements en matière de gestion de la dette de la SNCB qui doit être stabilisée en 2020 par rapport à 2014 (300 millions nécessaires).

Point d’orgue de son intervention, la CEO a réinsisté sur sa volonté absolue "de faire de la SNCB une véritable entreprise, moderne et performante", à l’instar de Proximus, de bpost ou… d’Infrabel.