"Comment les enseignants du réseau catholique perçoivent-ils leur parcours professionnel ?". Telle est la recherche dont a été investi le sociologue indépendant Bernard Petre, dans le cadre du Congrès 2012 de l’enseignement catholique qui aura lieu à la mi-octobre prochain à Louvain-la-Neuve.

Pour ce faire, trente enseignants, issus pour l’essentiel du réseau catholique, ont été écoutés pendant une à deux heures. Le sociologue explique : "L’idée étaitqu’avec trente histoires/parcours d’enseignants vivant des situations très diverses, on puisse reconstituer les étapes-clés du parcours professionnel des enseignants". Et le même de souligner : "Une méthode qualitative permet de mieux comprendre, mais ne donne pas de chiffres."

Deuxième volet de cette recherche : comment les enseignants voient-ils leur mission ?

1° Ils se la représentent avant tout comme une mission difficile, pénible.

2° Outre le salaire, ils soulignent une certaine forme de reconnaissance de leur travail. Exemples ? D’anciens élèves qui les remercient ou des parents qui leur donnent des nouvelles d’anciens élèves qui ont réussi.

"Il y a un aspect informel, très peu normalisé et très lié à l’école et aux conditions d’exercice du métier qui va prendre la place d’une progression/promotion qui n’est pas prévue par le statut", interprète M. Petre. On prendra ici le cas d’un professeur qui reçoit des heures de coordination (jugées moins pénibles que des heures en face d’une classe) ou qui bénéficie de bons horaires. "Il s’agit-là d’un parcours professionnel "sous le radar" car il n’est juridiquement inscrit nulle part et n’est pas formalisé".

4° Le statut légal du métier est peu connu des enseignants. "Certains enseignants pensent avoir des droits qu’ils n’ont pas ou pensent ne pas avoir des droits qu’ils ont."

Au vu des entretiens réalisés, Bernard Petre constate "une grande opposition entre ce qui est normé et ce qui ne l’est pas." Il s’explique : "Ou bien l’enseignant est face à des normes très précises (sur des documents à remplir ou des heures à dispenser en classe, par exemple) ou bien il y a un très grand flou (combien de temps faut-il corriger, combien de temps faut-il préparer ses cours, etc.)."

"Cette dualité se retrouve au cœur de la pénibilité du métier, reprend-il, c’est-à-dire que l’autorité politique ne met pas de priorités : elle ajoute en permanence des missions (ex. : respecter strictement le programme de cours, mais tout en sensibilisant les élèves à manger sainement s’il y a un problème d’obésité dans la société; en les éduquant à la citoyenneté automobile s’il y a un problème de sécurité routière; ), mais sans jamais les prioriser."

La pénibilité du métier vient donc, pour une part, du fait "que tenir des adolescents est plus difficile qu’avant étant donné qu’il n’y a plus de socle éducationnel commun, c’est-à-dire de comportements sociaux sur lesquels tout le monde est d’accord (c’est quoi la ponctualité , c’est quoi la politesse, )", analyse le sociologue. Mais également du fait que "les enseignants reçoivent une mission dans laquelle les tâches n’ont pas été priorisées."

Néanmoins, "lorsque le directeur clarifie ces enjeux et définit des repères communs, beaucoup d’enseignants perçoivent leur métier comme beaucoup plus facile", assure-t-il.