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Belgique

Comment une victime peut rencontrer un meurtrier

An. H.

Publié le - Mis à jour le

Leurs chemins n’auraient jamais dû se croiser. L’un, c’est Jean-Pierre Malmendier, le père de Corine, assassinée en juillet 1992 par deux truands en cavale. L’autre, Jean-Marc Mahy, un condamné en liberté conditionnelle depuis septembre 2003, après plus de 18 ans de détention. La rencontre, improbable, a pourtant lieu entre une victime - un père désenfanté - et un coupable - auteur de deux meurtres. Jean-Pierre et Jean-Marc sont devenus amis. Leur relation commence, un peu par hasard, sur un plateau de télévision en 2006, où on évoque - déjà - l’incompressibilité des peines pour les auteurs de faits graves et les possibilités de réinsertion. A la fin de l’émission, les invités quittent le plateau, sans un regard pour l’ex-détenu, sauf M. Malmendier, raconte la journaliste Anne-Marie Pirard, qui a recueilli les témoignages des deux hommes et les a coulés dans un livre : "Après le meurtre, revivre". On y découvre leurs parcours tragiques, forcément différents, mais parallèles et qui les a menés à un projet commun : une association dont le nom résume leur vie ("Re-Vivre") et ce livre qui explique leur cheminement, leurs réflexions et les pistes qu’ils veulent ouvrir ensemble.

Un projet qui aurait pu sombrer, le 28 février 2011, avec le décès inopiné de Jean-Pierre Malmendier. Mais pour Jean-Marc Mahy, il était devenu plus nécessaire encore d’imprimer cette trace de leur combat commun.

Au cours de leur long dialogue, ils découvrent avec étonnement et émotion le surprenant parallélisme des parcours que, par-delà leurs différences, une victime et un auteur doivent franchir pour, après le meurtre, "restaurer leur âme".

Ils se rendent compte qu’une telle tragédie les isole, différemment bien sûr, mais avec une même radicalité, et qu’il n’est simple ni pour les uns, ni pour les autres, de retrouver une place dans la société, constate Anne-Marie Pirard. Jean-Pierre Malmendier s’est engagé en politique et a rejoint le MR. Partisan des peines incompressibles au lendemain du meurtre de sa fille, il estimait, au bout de sa vie, que les auteurs, après un nécessaire temps en prison, pouvaient être libérés sous conditions, avec un projet de reconstruction sérieux et pour autant qu’ils aient reconnu et assumé leur responsabilité d’auteur. Jean-Marc Mahy, qui sera libéré définitivement le 16 septembre 2013, a été capable d’un tel projet. Pour "s’acquitter du solde de sa dette", comme il dit, il joue son propre rôle dans une pièce de théâtre ("Un Homme debout"), réalise un DVD, entre à l’Ecole de la vie pour témoigner de son expérience. Objectif : aider les adolescents en difficulté à ne pas s’enliser dans la délinquance et prouver aux (ex) détenus que la réinsertion est possible, pourvu qu’elle soit préparée, encadrée et accompagnée. Un livre profond, précieux, à lire d’urgence, vu l’actualité.

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