Le Centre Jean Gol (MR) organisait ce soir à Verviers une conférence-débat sur le thème "Comment lutter contre le terrorisme et le radicalisme ?". Or, l'événement a dû être annulé à cause de menaces.

"Les services de sécurité craignent que les forces de l’ordre ne fassent l’objet d’agressions. Les autorités communales verviétoises ont également fait part de leur inquiétude. La conférence-débat de ce soir est donc reportée", a annoncé le MR par communiqué. Le chef de groupe MR à la Chambre Denis Ducarme "déplore" la situation "mais la sécurité de la population de Verviers et des policiers prime. Je veillerai personnellement à ce que ce débat puisse être reprogrammé".

"Cette conférence organisée par le centre Jean Gol était considérée par l'OCAM, comme à un haut niveau de menace, mais des mesures avaient été prises pour qu'elle puisse se tenir", a expliqué Jean-Luc Winkin, commissaire à la zone de police Vesdre.

Mais, suite à une publication de la Dernière Heure de ce mercredi indiquant qu'il y aurait eu une fête lors de l'autopsie des corps des deux djihadistes abattus à Verviers le 15 janvier dernier, les policiers sont la cible d'une menace plus importante, a ajouté le commissaire Winkin.

"Cela démontre par ailleurs que les questions qui auraient été abordées lors de cette conférence restent d’actualité : comment garantir nos libertés fondamentales, comment améliorer le vivre ensemble, comment endiguer la montée du fondamentalisme", affirme M. Ducarme.

Lors de la conférence, ce dernier devait expliquer la teneur des mesures prises par le gouvernement pour lutter contre le radicalisme et le terrorisme. La députée fédérale Kattrin Jadin, le chef de groupe MR au Parlement wallon Pierre-Yves Jeholet et l’expert en contreterrorisme Claude Moniquet y participaient également.


L'islamisme l'emporte en Belgique

Aussitôt le report de la conférence acté, Claude Moniquet et Genovefa Etienne, directeurs de l'ESISC, European Strategic Intelligence and Security Center, ont réagi via communiqué de presse. Ils regrettent profondément cette décision et sont même "honteux" de ce pays. Voici leur communiqué :

"Nous avons appris avec stupéfaction, en milieu d’après-midi que les autorités locales, sur avis du chef de corps de la police et de l’Office Central Analyse de la Menace (OCAM) avaient décidé d’interdire cette conférence pour "raisons de sécurité", des menaces ayant apparemment été proférées contre les forces de l’ordre et le bourgmestre (maire) estimant ne pas avoir les moyens d’assurer la sécurité de ses policiers et de ses concitoyens.

Nous en concluons que la pression de quelques dizaines d’extrémistes – Verviers est connue pour être un vivier d’extrémistes islamistes – a eu raison de la fermeté des pouvoir publics. Verviers est donc le seul endroit en Belgique (et peut-être en Europe) où il n’est pas possible de parler librement de Djihad et d’islamisme.

Ainsi paie-t-on des décennies de laxisme et de laisser-aller : de paisibles citoyens qui ne veulent que débattre et comprendre le monde qui les entoure se voient refuser ce droit pour ménager les sentiments de quelques dizaines de crapules qui déshonorent la religion qu’elles prétendent défendre.

Si nous comprenons la nécessité de protéger les fonctionnaires de police et les civils, nous ne pouvons accepter une décision qui fait table rase de nos droits constitutionnels les plus élémentaires. L’article 19 de la Constitution belge stipule que "La liberté de manifester ses opinions en toute matière est garantie" et l’article 26 du même texte établit que "Les Belges ont le droit de s’assembler paisiblement et sans armes, en, se conformant aux lois qui peuvent régler l’exercice de ce droit, sans néanmoins se soumettre à une autorisation préalable…"

La décision prise à Verviers viole ces deux droits, elle entérine la prise en otage de nos libertés et de nos sociétés par une poignée d’extrémistes. Elle est inacceptable.

Nous ne paraphraserons pas Churchill près Munich (en disant par exemple que les autorités dans cette affaire avaient le choix entre le courage et la lâcheté, l’honneur et le déshonneur ; que pour éviter de possibles troubles et violences, elles ont choisi la voie de la lâcheté et du déshonneur mais qu’elles auront quand même les troubles et la violence…), mais ce soir nous sommes tristes et honteux de ce pays, car le signal envoyé est celui d’une désespérante faiblesse".