Les écologistes francophones semblent sur le point de refuser la proposition qui leur était faite de participer aux négociations du prochain gouvernement fédéral et d'ajouter du vert à l'orange bleue. Motif avancé : la N-VA, disent les verts, nous pose problème. Prétexte ? L'argument est faible : ne s'agit-il pas plutôt d'un "non déguisé", d'un "non, merci" que les verts n'osent pas assumer ?

La méfiance des verts est compréhensible. Malmenés par les socialistes et les libéraux dans le gouvernement arc-en-ciel, les verts ont payé très lourdement leur unique participation au pouvoir. La défaite électorale qui a suivi a été un véritable traumatisme pour un parti qui avait placé beaucoup d'espoir et d'énergie dans cette expérience. Il a fallu quatre ans pour qu'Ecolo et Groen ! se refassent une petite santé dans l'opposition. Une opposition où les verts préfèrent rester calfeutrés.

Jean-Michel Javaux, le secrétaire fédéral d'Ecolo avait, il y a quelques jours encore, une jolie formule pour qualifier la position des verts : Ecolo est un parti de devoir et pas de pouvoir. C'est en fonction de cette définition qu'il semblait avoir été conquis, par l'idée d'une coalition jamaïcaine. Dimanche soir, au "Standard", à l'issue d'un long entretien avec Yves Leterme et Didier Reynders, le chef de file des écologistes paraissait convaincu. Mais le bureau du parti a refusé que les verts prennent un nouveau risque. Faut-il en déduire que les verts ne sont pas "mûrs" et que leur action politique ne peut réellement se développer que dans une confortable opposition ?

En disant "Avec Groen ! et sans la N-VA" ou "Pas avec cette N-VA là" (ah bon, il y en a une autre ?), Ecolo a posé une condition impossible à remplir pour le CD & V : c'est comme si les Flamands demandaient à Didier Reynders d'exclure le FDF. De plus, il n'y a pas que chez Ecolo que la N-VA pose un problème : tous les francophones souhaiteraient que Bart De Wever ne soit pas à la table des négociations.

Or, la participation des verts comportait des avantages : elle renforçait l'axe francophone et concourrait à rendre la N-VA précisément non indispensable et donc moins influente. Les verts auraient aussi voulu repartir de zéro, renégocier les bribes d'accord social, fiscal, de l'orange bleue pour rendre le programme du gouvernement plus concret, plus proche des gens, plus environnementaliste... Ce n'est pas de l'opposition que les écologistes parviendront à agir sur la politique du futur gouvernement.

"Ecolo maintenant", disait le slogan de campagne... Words, words, words.