La ministre des Droits des femmes et de l'Egalité des chances en Fédération Wallonie-Bruxelles, Isabelle Simonis, a dénoncé jeudi le projet du secrétaire d'Etat fédéral en charge de l'Asile et de la Migration, Theo Francken, d'instaurer un cours de "respect des femmes" à destination des migrants.

Aux yeux de la ministres socialiste, le secrétaire d'Etat N-VA n'avance aucun argument de fond légitimant pareille décision.

"Il se base sur un fait divers survenu en Allemagne pour lequel nous ne disposons d'aucun élément probant: l'identité des auteurs des agressions de Cologne n'est pas encore connue et les seuls éléments dont semblent disposer les enquêteurs à ce stade sont quelques signalements de personnes d'origine magrébine".

"Proposer dès lors une telle mesure aujourd'hui, en Belgique, c'est faire un amalgame entre indications formulées dans une enquête allemande et personnes réfugiées. C'est un timing inapproprié qui camoufle un racisme à peine déguisé", selon la ministre citée dans un communiqué.

Celle-ci rappelle que les discriminations graves envers les femmes sont commises par des individus ou groupes "de toutes les origines sociales, ethniques ou nationales".

"On ne peut, au nom des droits des femmes, créer de nouvelles discriminations", s'insurge la ministre.

Celle-ci dit d'ailleurs vouloir prendre connaissance du contenu du cours annoncé par M. Francken à destination des migrants car "la notion de respect n'équivaut pas à celle d'égalité".

"Respecter", argument la ministre, "renvoie à l'idée de ne pas porter atteinte, avoir de la considération pour des opinions. C'est bien inférieur à la notion d'égalité qui prône l'équivalence des droits et ne souffre d'aucune différence de traitement".


Les violences envers les femmes en Belgique sont "une problématique réelle"

"Les violences envers les femmes en Belgique sont une problématique réelle, qui n'a pas attendu l'arrivée des migrants pour se révéler", réagissent jeudi les Femmes prévoyantes socialistes (FPS) à l'annonce du projet de Theo Francken, d'instaurer un cours de "respect des femmes" à destination des migrants. Les femmes prévoyantes socialistes citent notamment un sondage réalisé par Amnesty International, dans le cadre de la campagne 'Mon corps', selon lequel "46% des personnes interrogées sont ou ont été victimes de violences graves au cours de leur vie", des violences qui sont "trop souvent banalisées".

Le sexisme n'est pas non plus intrinsèque à une culture donnée, rappelle le communiqué. C'est pourquoi, "sous-entendre que les violences envers les femmes concernent plus particulièrement le public des migrants conduit à une stigmatisation de ces individus", déplore le mouvement.

Or, les migrants subissent déjà des préjugés, qui ne facilitent pas leur adaptation dans leur pays d'accueil. "Ces circonstances particulières peuvent faire émerger les violences ou les intensifier."

Bien se comporter envers les femmes, "c'est les respecter en tant qu'individu (...) peu importe leur couleur de peau, leur croyance, leur statut social, leur orientation sexuelle ou leur personnalité. (...) Il est primordial que cette définition soit partagée par l'ensemble des Belges, et non pas seulement par le public spécifique des migrants".

"La lutte contre le sexisme s'inscrit dans une démarche globale de déconstruction des stéréotypes et de remise en question de nos représentations sociétales les plus ancrées", concluent les Femmes prévoyantes socialistes. "L'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle doit faire l'objet d'une application généralisée et approfondie dans nos écoles, et ce dès le plus jeune âge."