Qu'est-ce qui vous a le plus marqué au cours des douze derniers mois ?

Ce qui me frappe, c'est le phénomène des démonstrations de force des partis politiques, même si tous ne sont pas concernés. C'est le temps des ukases des ultimatums et du chantage. On a rarement vu les partis défendre avec autant d'âpreté leurs priorités, comme s'ils avaient passé avec leurs électeurs un contrat moral auquel ils ne pouvaient pas déroger. Cela a aussi une dimension positive - on les a connus plus prompts à abandonner leurs promesses - mais c'est quand même assez décalé par rapport à un paysage électoral où il y a 13 partis à la Chambre. C'est aussi décalé par rapport à notre système de démocratie représentative. La Constitution dit bien que les élus représentent toute la nation et non seulement ceux qui les ont élus. Le "mandat impératif", c'est une conception de la démocratie qui n'a plus cours depuis 1789, parce que si chacun se croit investi d'un mandat différent de son voisin, aucun compromis n'est possible.

Comment voyez-vous la suite ?

Je crois que l'on commet une erreur en parlant de "problème communautaire". Il me semble que l'on est en crise de régime sur un point bien précis : le linguistique. Cela remonte depuis une dizaine d'années - on peut dater cela des circulaires Peeters et autres - alors que l'on pensait que c'était résolu depuis les lois de pacification linguistique de 1988, et cela se focalise sur la périphérie bruxelloise.

Soit on ouvre une crise majeure voire mortelle pour l'Etat. Soit on prend le temps de régler ce différend en profondeur, en écoutant la sensibilité de l'autre, et on élabore un véritable compromis que chacun est prêt à défendre dans la durée, sans rêver à une revanche. Soit, et c'est le troisième scénario possible, on trouve une solution temporaire avec des accords tellement byzantins que personne n'y verra la base d'un nouveau vivre ensemble et la situation sera prête à exploser à nouveau.