Tout le monde est là, excepté un "ténor du barreau" que l’on soupçonne en villégiature sous des cieux moins austères et qui a demandé le report. La partie civile s’indigne pour la forme, arguant que sa cliente "aimerait bien en finir" et "voir le bout du tunnel". Pourquoi pas "se reconstruire". Ne resteront de cette première affaire que les effluves capiteux d’une sémillante avocate. Report au 8 janvier.

Olivier (*) se présente menotté. Il ne s’est pas présenté à l’audience précédente et a pris un an pour violences conjugales. Il prétend qu’il n’a pas reçu la citation à comparaître. Foi de missive d’huissier, il l’aurait même reçue en mains propres, ce qu’il conteste. Ou alors, il a confondu avec autre chose.

- "Vous avez un emploi ?", demande la présidente.

- "Non, je suis au chômage", précise Olivier.

- "Depuis combien de temps ?"

- "Depuis 36 ans" (ce qui est également l’âge d’Olivier, NdlR)

Il est père de 4 enfants d’une première liaison et sa compagne au moment des faits, selon ses dires, n’était pas très "maternante" avec ses beaux-enfants.

- "Oui, je l’ai frappée car je ne supportais pas qu’elle s’en prenne à mes enfants."

- "Et frapper, c’est supportable ?" fait remarquer la présidente.

- "Elle était jalouse de mes enfants."

- "C’est une situation banale dans une famille recomposée."

- "Non, c’est scandaleux", lance Olivier, qui, à défaut d’avoir beaucoup manié la truelle dans sa vie, possède un certain sens de la répartie.

Si on sent le procureur du Roi fulminer dans son coin, Mme la Juge ne se démonte pas :

- "C’est la première fois que vous êtes violent ?"

- "Oui."

- "Pourquoi ?"

- "On voit que vous ne vivez pas avec elle."

- "Vous n’étiez pas obligé de vivre avec elle."

- […]

- "Que pensez-vous de la peine ?" interroge la présidente.

- "C’est énorme. En prison, sans mes enfants, je pleure tous les jours."

- "Le législateur a prévu l’intransigeance dans le cadre d’actes de violences conjugales", note la présidente qui renchérit : "C’est plus grave que de taper sur son voisin de palier".

Le conseil d’Olivier plaide son honnêteté. Il a reconnu les faits tandis que sa compagne, Maïté (*) les auraient exagérés : "Une lésion à la cuisse pour une gifle ?" Il plaide aussi l’absence d’antécédents, si ce n’est un vol et un fait de roulage, ceci dit. Il argue une dynamique de couple toxique.

L’avocat aurait bien demandé le sursis total sur l’air de "Les enfants ont besoin de leur papa" et "La prison lui a permis de comprendre" . Au final, il lui semble plus approprié de proposer une peine de travail "vu la situation professionnelle d’Olivier". Le procureur du Roi voit les faits d’un autre œil. Olivier n’a pas daigné se présenter devant le tribunal, il reconnaît une gifle, certes, mais les certificats médicaux font état d’autres blessures, que le prévenu conteste. "Moi, je vois quelqu’un de violent qui ne sait pas se maîtriser", ajoute le ministère public qui aurait souhaité qu’Olivier fasse amende honorable : "Pour ce genre de fait, 1 an de prison, c’est banal". Il demande la confirmation du jugement.

- "Pour moi, c’est énorme", croit bon de rajouter le prévenu. In fine, Mme la Juge annule le premier jugement. Olivier sera libéré dans l’après-midi et pourra revoir ses enfants. Nouveau jugement le 27 novembre.

- "Je vous remercie", lâche-t-il. Mesure-t-il à sa juste valeur la relative bienveillance du tribunal à son endroit ? Pas certain.

Le poids de la tradition

Lucien est né à Kinshasa en 1964. Bien sapé dans son blaser bleu électrique, ce boulanger de la région du Centre a dérapé. En juillet 2012, il a volé 4 bouteilles de whisky dans une grande surface. Lucien devait honorer un mariage africain et il était chargé de l’approvisionnement en boissons. le "hic", c’est qu’à cette époque, avec une épouse sans emploi et 4 enfants aux études, Lucien était étranglé financièrement. Qu’à cela ne tienne, il se devait d’apporter des boissons et a posé son geste répréhensible.

- "On boit du Jack Daniel’s dans les mariages africains ?" interroge la présidente.

- "Je n’ai pas beaucoup d’expérience en la matière", rétorque le ministère public.

S’il reconnaît avoir volé ces spiritueux, Lucien affirme qu’il n’est pas un voleur. Il a fait une bêtise, il le reconnaît.

Pour son défenseur, Lucien a en quelque sorte été submergé par le poids de la tradition : "On lui dit de s’occuper des boissons, il ne veut pas faillir à la tradition mais il n’a pas d’argent. Il pose le mauvais geste." L’avocat demande une suspension simple du prononcé. La grande surface a été remboursée et il serait dommage que Lucien perde son emploi.

Cela semble bien se ficeler pour le prévenu qui croit bon d’ajouter : "Quand les policiers sont venus chez moi, j’étais au boulot, ils ont dit à mes enfants ce que j’avais fait. Ils m’ont mis la honte".

- "Il fallait y penser avant", ponctue le procureur. Jugement le 20 novembre.

(*) Prénoms d’emprunt