Le patron du groupe de luxe LVMH, Bernard Arnault, première fortune de France, a retiré sa demande de naturalisation introduite auprès des autorités belges. Ce retrait est motivé par "l'incompréhension" que M. Arnault a ressentie à la suite de sa demande, ainsi que par le fait que "sa volonté de lever toute équivoque n'a pas rencontré le succès" escompté.

LaLibre.be a recueilli la réaction de Georges Dallemagne, président de la commission des naturalisations de la Chambre, qui estime que cette demande "avait des chances d'aboutir".

Aviez-vous été informé de cette décision de Bernard Arnault?

Non, je l'ai apprise via les médias. J'ai immédiatement pris contact avec les fonctionnaires de la commission pour savoir s'ils avaient déjà reçu cette notification. Nous n'avons rien reçu à ce jour. Mais j'imagine que c'est normal puisqu’il a dû l'envoyer ce matin.

Quelle est votre réaction suite à cette annonce?

Je suis quand même un peu surpris. Il a introduit sa demande en septembre dernier. Aujourd'hui, on a terminé toute la procédure administrative, qui consiste à demander l'avis du parquet de Bruxelles, du Conseil d'Etat, de l'Office des étrangers et du casier judiciaire. Tous ces avis étaient rentrés et nous allions les analyser au Parlement dans les prochains jours.

Pensez-vous que Bernard Arnault ait été découragé par les nombreuses démarches?

Lui-même n'a pas rempli de très nombreuses démarches. C'est plutôt nous qui les avons remplies. Sa décision vient davantage de la polémique née en France et des risques d'y voir l'image de son groupe ternie. La procédure belge n'est pas extrêmement lourde mais elle est sérieuse. Et j'imagine qu'il connaissait ces démarches avant d'introduire sa demande.

Mais si les démarches étaient moins fastidieuses, il aurait obtenu la nationalité belge avant que cette polémique n'éclate...

Aujourd'hui les critères sont resserrés. Mais, jusqu'au 31 décembre 2012, nous étions l'un des pays au monde qui donnaient la naturalisation de manière extrêmement souple. On ne peut pas dire qu'il y ait de fortes contraintes. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle M. Arnault avait demandé la nationalité belge. Malgré tout, il fallait quand même vérifier que Bernard Arnault habite bien en Belgique ou s'il n'a pas commis d'infraction. Ce sont des vérifications légitimes qui demandent quelques mois. Cela ne me parait pas extrêmement lourd.

Le groupe LVMH a précisé qu'il n'y aurait aucune conséquence sur le développement des marques du groupe en Belgique. Mais la Région bruxelloise risque-t-elle de constater un manque à gagner pour ses caisses publiques?

Non, je ne crois pas qu'il y aura un impact majeur car l'essentiel de la fiscalité est lié au lieu de résidence de M. Arnault. Donc s'il a une résidence chez nous, il reste imposé en Belgique. Sa demande de naturalisation restait quelque peu mystérieuse et lui-même s'était peu exprimé à ce propos. Sa demande de naturalisation était, semble-t-il, plutôt liée à des questions de succession et de dissémination éventuelle de sa fortune au moment où il souhaitait la céder à ses héritiers.