Godfried Danneels est un prélat hypercentriste. A l'image de l'Eglise de Belgique qui si elle compte une minorité conservatrice très agissante (notamment à... Rome) a toujours suivi une ligne très médiane. Et ça lui a bigrement réussi. Que l'on se rappelle l'action de l'ensemble de nos évêques au concile Vatican II, il y a quarante ans! La cohésion de l'ensemble de nos «monsignori» autour de Suenens les fit qualifier de «squadra belga» par la presse de l'époque et, mieux encore, les grands documents conciliaires portèrent leur sceau très moderne. Entendez: l'«aggiornamento» prôné par Jean XXIII avait bel et bien un petit fumet belgo-belge. Il est vrai que depuis 1830, l'Eglise a été omniprésente sur l'avant-scène nationale tout en devant reconnaître la laïcisation puis la sécularisation de la société. Au fond, Danneels s'inscrit totalement dans la même mouvance. S'il n'est franchement pas classable dans le camp des progressistes à tout crin, il a toujours veillé à trouver des solutions de compromis qui permirent de garder l'essentiel de la doctrine chrétienne tout en reconnaissant l'évolution sociétale. Depuis un quart de siècle, ce liturgiste de formation s'est mué en habile tacticien politique même s'il jure son grand Dieu qu'il évite d'être un acteur directement engagé sur la scène de la rue de la Loi. Au fond, ce pragmatique serait un bon pape (désormais de transition) mais à l'automne de sa carrière épiscopale, il semble désirer que ce calice lui soit épargné. Reste qu'il n'a jamais esquivé les obstacles. Dès lors, si le Saint Esprit et le conclave le lui demandaient...

© La Libre Belgique 2005