Mardi, les autorités judiciaires italiennes ont fait savoir que deux Français, bien connus pour leurs activités radicales en Belgique, avaient été officiellement accusés le même jour par le parquet d’appartenir à une cellule terroriste liée à Al Qaeda et qui préparait des attentats en France et en Angleterre, a annoncé l’agence de presse italienne Ansa.

Tout avait commencé le 11 novembre 2008, alors que Bassam Ayachi et Raphaël Gendron étaient arrêtés dans le port de Bari, dans le sud italien. En cause : leur aide - revendiquée - à l’immigration clandestine (ils transportaient trois Palestiniens et deux Syriens en provenance de Grèce dans leur voiture).

Mais dès le mois de décembre, les Italiens ne cachaient plus leurs soupçons quant à des activités plus graves, liées au terrorisme. Et, à l’annonce que des arrestations s’étaient produites en Belgique le 11 de ce mois-là dans un milieu réputé proche du terrorisme (s’agissant entre autres de Malika El Aroud, veuve d’un assassin du commandant afghan Massoud, ensuite libérée comme les autres), Rome avait même laissé entendre qu’il pourrait y avoir un lien. Est-il avéré ? Ce n’est pas établi.

Toujours est-il que les deux hommes sont vraiment bien connus en Belgique. Bassam Ayachi, qui n’a pas caché aux Italiens son admiration pour Mohamed Atta, le chef du commando responsable des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, a longtemps résidé à Molenbeek, dès le début des années 90. Où il avait dirigé le tristement célèbre "Centre islamique belge", un creuset de haine raciale et religieuse, en tout cas très radical. Il y avait fréquenté Abdessatar Dahmane, cet assassin déjà cité du commandant Massoud, et lui avait présenté sa future femme.

Le CIB s’enorgueillissait aussi de pratiquer par centaines des mariages religieux, sans aucun égard pour les lois civiles. Une stratégie de recrutement, selon certains observateurs.

Raphaël Gendron est également connu à Bruxelles pour y avoir été condamné en appel, le 23 janvier 2009 (avec Abdel Rahman Ayachi, fils de Bassam ), pour incitation à la haine raciale. Il s’agissait du procès dit "Assabyle", du nom du site Internet du CIB. Où se tenaient par exemple des propos qualifiant les juifs de "mécréants", de "corrompus", de "maudits" ou encore de "singes" et de "porcs". Et où on prônait à foison des valeurs anti-occidentales et sans respect aucun pour l’ordre démocratique.

Retour en Italie : Bassam Ayachi, en fait d’origine syrienne, et Raphaël Gendron auraient donc "projeté et organisé des attentats terroristes et des actions de guérilla", selon les accusations formulées par les deux magistrats en charge du dossier, Roberto Rossi et Francesca Romana, rapportées mardi par l’agence de presse. La cellule que les deux hommes sont accusés d’avoir dirigée aurait entre autres fomenté des actions contre l’aéroport parisien de Roissy-Charles-de-Gaulle. Et, à même source, elle disposait pour ce faire "d’armes et notamment d’explosifs". Le duo serait donc clairement passé de son époque "simplement" radicale à une phase nettement plus dure.

Et ce d’autant qu’il serait de surcroît question de la mise en place par les deux hommes d’un réseau ayant pour objectif d’enrôler et d’entraîner des personnes en vue d’actions, kamikazes ou non, en Irak et en Afghanistan.