Dans le dossier dit "du salon de massage thaïlandais", une organisation criminelle basée à Bangkok organisait le transport illégal de (jeunes) femmes vers la Belgique pour les exploiter sexuellement dans un salon de massage à Aerschot. Cela a duré trois ans, de 2008 à 2010. Le réseau avait des ramifications au Japon, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Les victimes devaient rembourser leurs dettes de voyage en se prostituant. Les prévenus ont été condamnés en novembre 2011, par le tribunal correctionnel de Louvain, pour traite et trafic d’êtres humains et pour blanchiment.

Tout est parti d’une information anonyme dénonçant l’exploitante du salon de massage à Aerschot, qui faisait partie d’une organisation thaïlandaise active dans l’exploitation économique de travailleurs thaïlandais, eux-mêmes objets d’un trafic. Pour faciliter ses activités, l’organisation criminelle recourait à des sociétés commerciales, dont une agence touristique dans les Ardennes qui exploitait un parc de bungalows à Vresse-sur-Semois. Les écoutes téléphoniques ont permis de démontrer que ce voyagiste - un des prévenus - vendait des femmes thaïlandaises pour 3 000 euros à des hommes (plus âgés) belges ; des (faux) contrats de cohabitation légale étaient établis. Il est apparu que cet agent avait lui-même conclu, en deux ans, un tel contrat avec trois Thaïlandaises.

Les documents pour les faux contrats de cohabitation étaient mis en ordre moyennant paiement par une collaboratrice de l’ambassade de Thaïlande à Bruxelles. D’après le dossier, cette dame, qui a été condamnée, a fourni des documents de séjour à au moins 33 personnes et a demandé pour cela 6 000 euros à chaque fois.

La plupart des victimes sont entrées dans la prostitution via le salon de massage d’Aerschot ou via des tenanciers de bar amis du voyagiste belge. Les femmes devaient payer 6 000 à 15 000 euros à l’organisation en échange de visas, tickets, prise en charge et accueil en Belgique. Grâce aux contrats fictifs de cohabitation légale, les victimes ont pu travailler légalement. Leurs revenus servaient à rembourser leurs dettes, avec intérêts, à l’organisation thaïlandaise. Si elles ne gagnaient pas assez dans le salon de massage, elles étaient mises à l’écart et amenées à un bar de prostitution - où elles devaient, là, payer leurs repas, ce qui entretenait leur dette

Plusieurs femmes ont été interceptées lors d’une perquisition dans les chalets à Vresse-sur-Semois : la majorité étaient trop terrifiées pour décider de faire la démarche pour être reconnues comme victimes de la traite des êtres humains.