Une petite centaine d’enfants n’ont toujours pas trouvé de places dans une école secondaire francophone qui leur convient. Quand les parents s’adressent aux services d’inscriptions qui attribuent les places aux élèves qui n'en auraient pas obtenu, ceux-ci leur donnent la liste des écoles disposant encore de places. A Bruxelles, il s’agit principalement d’écoles proposant, après un tronc commun généraliste, des orientations techniques et professionnelles.

Selon plusieurs témoignages, ce service administratif ferait pression sur les parents de ces enfants sans-école pour qu’ils se rabattent sur l’athénée Ganenou à Uccle, qui dispose encore de quelques places libres. La qualité de l’établissement n’est pas remise en cause ici. Cependant, Ganenou se revendique comme étant une école de confession juive qui enseigne ‘les obligations qui impliquent le fait d’être juif’. Cela comprend un programme judaïque et des heures obligatoires d’hébreu. Sur son site internet, l’école précise logiquement qu’elle célèbre les différentes fêtes juives ("Mifkad", réception du Shabbat, cérémonie du Rosh Hodesh, fête de Pourim et de Rosh Hachana) et qu’elle applique tant le programme officiel que judaïque.

Le pacte scolaire bafoué ?

Cette information, relayant une telle pression, était déjà parvenue à LaLibre.be en septembre 2012, mais nous n’avions pas pu recouper ce témoignage avec d’autres. Aujourd’hui, elle refait surface à travers 3 témoignages. La mésaventure est arrivée à Mme Destoquay de Dilbeek : "Ces services tiennent le destin de nos enfants entre les mains. Les discussions par téléphone sont parfois  - selon les interlocuteurs - très tendues, car certains ne témoignent même pas d’une once d’humanité. Toutes les écoles que nous avions choisies pour notre fille étaient catholiques, et voilà qu’ils me poussent à inscrire ma fille à Ganenou ! Je n’émets aucune critique contre cette école, mais c’est un peu gros comme conseil, d’autant qu’ils insistent fortement…"

"En agissant ainsi, la Ciri (Commission interréseaux des inscriptions) ne bafoue-t-elle pas l’esprit du pacte scolaire ? Ne sort-elle pas de son devoir de neutralité ?" s’interroge Anne François. Coordinatrice de l’asbl ELEVeS, elle nous confirme avoir reçu plusieurs témoignages en ce sens : "De nombreux parents font part d'échanges interpellants lorsqu'ils contactent le service des inscriptions. Plusieurs évoquent le fait de se sentir poussés à inscrire leur enfant dans n'importe quelle école sans que leurs choix ne soient pris en compte fussent-ils de réseau. D'aucuns  expliquent  qu'ils  sont  mis  en  garde  d'être  hors-la-loi s'ils n'inscrivent  pas leur enfant dans une école. Or seule l'instruction est obligatoire pas la scolarisation."

"Tous expriment leur malaise d'entendre  leur enfant  traité  comme  un  objet de  consommation" ajoute Anne François. Le même constat est fait par des parents à qui l'administration avait conseillé d'inscrire leurs enfants très loin du domicile. Pascale Peckers, qui vit au centre de Bruxelles, témoigne en ce sens: "Ils m'ont conseillé d'inscrire ma fille Rose dans un internat. J'étais très étonnée, alors ils m'ont invité à rechercher une école au-delà du Brabant-wallon."

Intox… selon le cabinet de la ministre

Du côté du cabinet de la ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Martine Schyns (cdH), l’on s’inscrit en faux face à d’éventuelles pressions de ce type. "Cela nous semble complètement impensable que de telles pressions puissent avoir lieu. C’est d’autant plus improbable que les parents doivent pouvoir souscrire librement au choix d’une école. Les services d’inscriptions se contentent d’énumérer les établissements où il reste de la place. Dans le cas de cette école, on nous indique que ce sont justement les interlocuteurs qui apportent cette précision importante sur son aspect confessionnel" précise Eric Etienne, porte-parole de la ministre.