Dedecker (VLD) a abusé de son statut de sénateur

Belgique

PAR ANNICK HOVINE

Publié le

Dedecker (VLD) a abusé de son statut de sénateur
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ÉCLAIRAGE

Entraîneur de l'équipe nationale de judo, Jean-Marie Dedecker baladait déjà une méchante réputation d'ultra-flamingant. Aux dernières élections législatives, le judoka ostendais grimpait sur le tatami politique en devenant sénateur VLD. Sans faire la différence entre un vestiaire de sport et le Parlement. Jusqu'ici, le parti libéral flamand s'était accommodé des foucades de Dedecker, volontiers provocateur, démagogue à l'envi. Pour preuve, ses tirades contre la Maison royale (`un théâtre de marionnettes´); sa proposition de supprimer les dotations princières; ses déclarations tapageuses contre... la Haute Assemblée - qui l'emploie - (`Un institut sans pouvoir de décision, où on vote toujours majorité contre opposition´. Etc.

Mais la dernière embrouille montée par Jean-Marie Dedecker - introduire un journaliste dans la cellule de Marc Dutroux - pourrait lui coûter politiquement cher.

TROIS VISITEURS

Rétroactes. Le 3 janvier, le sénateur VLD se déplace à Arlon pour rendre visite au plus célèbre détenu du pays qui avait, prétendait-il, des révélations à lui faire... Comme le veut la procédure, le parlementaire avait au préalable demandé l'autorisation du ministre de la Justice. Contacté en décembre, Marc Verwilghen exprime ses réticences et déconseille à Dedecker de se rendre à Arlon. Mais le sénateur VLD insiste, indiquant qu'il se ferait accompagner par la directrice de la cellule `trafic d'êtres humains´ du Centre pour l'égalité des chances, Mme Cluyts. Jamais dans le passé une telle autorisation n'a été refusée à un parlementaire. Marc Verwilghen signe donc un double bon de visite.

Le jour dit, le directeur de la prison d'Arlon attend les deux visiteurs. Mais ce sont trois personnes qui se présentent: Jean-Marie Dedecker, Mme Cluyts et un certain Thomas Van Hemeledonck, présenté d'abord comme le chauffeur du sénateur, puis comme son collaborateur. Jamais il ne déclinera son véritable statut: journaliste à VTM (la télévision commerciale flamande).

Sur la bonne foi du sénateur, le responsable de l'établissement pénitentiaire arlonnais laisse entrer le trio, après passage par le détecteur de métaux et prise de photographies. Ils restent une heure et demie en tête-à-tête avec Marc Dutroux. Dans la cellule - où un gardien passe la tête, toutes les 7 minutes -, le journaliste sort un petit radio-cassettes de sa poche et enregistre la conversation que VTM diffusera ce lundi dans l'émission `Telefacts´...

GRAND BRUIT

L'affaire fait grand bruit. Une enquête disciplinaire et une enquête administrative sont ouvertes contre la direction de la prison d'Arlon, qui a laissé entrer une personne sans autorisation en bonne et due forme. Mais `l'indignation´ de Jean-Marie Dedecker quant à `l'insuffisance des mesures de sécurité´ à la prison d'Arlon fait s'étrangler de fureur le ministre de la Justice. Si c'est la vraie raison de sa visite, pourquoi a-t-il laissé passer plus de deux semaines avant de dénoncer cela?, interroge Marc Verwilghen.

S'il y a eu une erreur de la part des autorités de la prison, la faute est d'abord dans le chef du sénateur VLD. `C'est une honte: Jean-Marie Dedecker a abusé de son statut de parlementaire pour faire entrer un journaliste dans la prison´ , nous dit Marc Verwilghen. Qui demande à son parti de prendre des mesures contre Dedecker. Le ministre a aussi adressé le dossier à la commission de déontologie de l'Association professionnelle des journalistes de Belgiques.

Le président des libéraux flamands, Karel de Gucht, n'a pas davantage apprécié le coup monté de Dedecker. Son cas devrait être évoqué devant la commission de déontologie du parti.

L'intéressé, lui, reste imperturbable: `La seule faute que j'ai peut-être commise est d'avoir oublié de dire au directeur de la prison que la personne qui m'accompagnait était journaliste. Mais ce n'est pas à moi d'empêcher certaines personnes d'entrer dans une prison´ , a-t-il dit hier au `Zevende Dag´ de la VRT. En ajoutant qu'il ne pensait nullement à démissionner...

© La Libre Belgique 2001

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