En tant qu'invitée du samedi de LaLibre.be, Christine Defraigne, tête de liste MR à Liège, évoque notamment la libération conditionnelle et les résultats de notre baromètre politique. Mais qu'espère-t-elle réellement des élections communales à Liège face à un PS ultra puissant? Pour qui voterait-elle si elle était américaine? Découvrez notre entretien.

Ce jeudi, un accord a été trouvé sur un durcissement des conditions de libération conditionnelle. Pourquoi le MR a-t-il tant insisté pour changer cette procédure?

C'est une proposition que nous avons présentée dès 1996. Il fallait prendre des mesures. Par l'émotion qu'elle a suscitée, la libération de Michelle Martin a été un accélérateur. Que le gouvernement ait pris une décision, c'est faire œuvre sociétale salutaire. Je me réjouis d'ailleurs que des partis qui freinaient, je pense particulièrement au Parti socialiste, aient avancé sur le sujet.

D'après vous, le PS a-t-il décidé d'infléchir sa position en la matière au vu de l'approche des élections communales?

Je pense que le PS a accepté de faire droit à cette revendication parce qu'il était certainement ébranlé par l'émotion populaire liée à la libération de Michelle Martin. Le PS prend donc enfin conscience du fait que les problèmes de sécurité sont vraiment le cœur des préoccupations de nos citoyens. Il y a certainement aussi une courbe rentrante de la part de ce parti car nous sommes confrontés à une échéance électorale. Si les élections peuvent au moins servir à faire avancer les dossiers, alors il faut se réjouir que la raison l'ait enfin emporté. Je pense aussi que le PS wallon se rend compte qu'il ne peut pas demeurer dans une espèce d'illusion pour intellectuels qui consisterait à penser qu'il n'y a pas d'insécurité mais qu'un simple sentiment d'insécurité. Peut-être le PS est-il influencé par l’attitude plus musclée de Manuel Valls (NdlR: ministre de l'Intérieur en France et membre du Parti socialiste).

Cette semaine, la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom, a envoyé une lettre aux seuls bourgmestres Open-Vld pour les inviter à accueillir une prison dans leur commune. Qu'une ministre fédérale s'adresse uniquement aux bourgmestres issus de sa propre formation politique, cela vous choque-t-il?

Je trouve ça inopportun. Un ministre de la Justice ne peut pas se comporter de façon partiale, clientéliste. On n'installe pas des prisons à la carte selon la couleur des bourgmestres. Le choix de l'implantation d'une prison doit relever de critères objectifs, fondés par rapport aux besoins et non comme une espèce de vulgaire susucre pour faire plaisir aux uns et aux autres.

Depuis jeudi, "La Libre" propose les résultats de son baromètre politique. On y apprend notamment qu'en Wallonie, le MR se renforcerait de 1,5% pour atteindre 21.1 %. Comment expliquez-vous ce résultat?

Nous tenons un discours de la raison, de la vérité, nous avons avancé beaucoup de propositions créatives pour la Wallonie, et puis la population commence à prendre conscience que l'Olivier en place n'est pas à la hauteur des attentes et des réponses que le citoyen est en droit d'espérer. Il y a une dette colossale, un taux de chômage très important, on nous sert "plan, plan, rataplan", comme disait Jean Gol.

A Liège, le MR poursuit son ascension. Etes-vous rassurée?

Je suis heureuse du résultat du sondage. Même si le seul sondage valable sera celui du 14 octobre, c'est un signe positif encourageant. Nous sommes sur la bonne voie et notre message semble être entendu.

Le départ de Didier Reynders pour Uccle ne semble donc pas causer préjudice au MR liégeois…

Nous sommes une équipe renouvelée, dynamique, soudée, composée de municipalistes convaincus. Nous portons un projet du tonnerre pour Liège. Nous sommes présents sur le terrain, nous bossons constamment car nous voulons vraiment du changement.

Des tensions en interne ont tout de même été évoquées lors du départ de Didier Reynders, avec des candidats qui ont tenté de prendre davantage de place au sein du MR liégeois...

La confection d'une liste électorale est toujours une petite source de stress, d'inquiétude pour les candidats parce qu'ils se demandent quelle va être leur place, l'évolution de leur parcours. Mais je peux vous dire que l'entente est excellente.

La campagne à Liège semble moins agressive depuis le départ de Didier Reynders. Est-ce une impulsion que vous avez souhaité donner?

Je suis quelqu'un qui porte des dossiers, des projets. Je mène une campagne ferme, déterminée, de conviction. Chacun a son tempérament. Je suis combative, têtue, mais pas agressive (rires).

D'après notre sondage, 64% des électeurs MR ont confiance en vous à Liège. Un chiffre qui vous satisfait?

Il n'y a pas si longtemps que j'ai été désignée tête de liste, puisque nous avons appris le départ de Didier en janvier. Je trouve donc ça très positif et encourageant. C'est un bon signal car Didier est une forte personnalité, très médiatique donc, pour moi, lui succéder est un honneur et un défi. Mais je suis dans le parti depuis si longtemps que je suis un enfant du MR et, même si on ne peut pas plaire à tout le monde, mon objectif est d'améliorer encore ce résultat.

Toujours à Liège, le PS serait très proche d'une majorité absolue. Etes-vous inquiète?

Je ne serais évidemment pas heureuse que le PS l'obtienne car, dans une démocratie, ce n'est pas sain pour l'équilbre des forces en présence. De plus, des dossiers importants attendent la prochaine coalition. Pour Liège 2017, par exemple, je vois mal le PS porter seul l'intégralité de ce dossier qui nécessite d'avoir un partenaire costaud et solide comme peut l'être le MR.

Vous êtes donc prête à diriger la ville avec le Parti socialiste?

Ma formation et moi-même sommes candidats aux responsabilités. Nous n'en avons jamais fait mystère.

Sur la scène internationale, se sont tenues les conventions démocrates et républicaines. A quel candidat va votre préférence ?

Obama...

Pourquoi?

Je pense qu'il n'a pas encore pu donner toute la mesure de son programme. Il a été confronté à une situation économique et sociale difficile. Mais il a avancé sur la réforme du système de soins de santé et tient parole en matière de politique internationale. Mais je ne dis pas non plus que tout est parfait.

Si Romney l'emportait, verriez-vous cela comme une catastrophe?

Non, il faut laisser à chacun le bénéfice du doute. Mais, si c'est pour refaire une présidence à la Bush, ce serait une catastrophe. Romney incarne un conservatisme, notamment sur les questions de droit à l'avortement, d'éthique et de bioéthique. Certes, il a peut-être bonifié durant sa campagne en faisant de l'humour et en se donnant un côté plus humain. Mais on sait que les candidats sont bien coachés et qu'ils sont de grands comédiens. Les convictions mormones de Romney sont, d'après moi, plutôt un handicap. Ce conservatisme américain n'est donc vraiment pas ma tasse de thé, ma "Tea Party" (rires). Mais je ne pense pas qu'il ait grand chose à faire de mon point de vue, restons modestes (rires).

Passons maintenant en France. Quel bilan tirez-vous du début de mandat de François Hollande?

Il est extrêmement décevant, mou. Il essaie de jouer sur le temps. Je lis la presse française et les plus cruels avec Hollande, ce sont les journaux de gauche. Il a jeté un peu de poudre aux yeux par rapport aux salaires des ministres, mais à part ça, il n'a encore rien tenu de ses promesses. Il en freine certaines des quatre fers. En plus, ses vaudevilles personnels sont assez édifiants et hallucinants.

Terminons cette interview par une question plus légère. Une véritable ferveur s'est emparée des supporters des Diables rouges. Participez-vous à cet enthousiasme?

Evidemment. Je suis beaucoup occupée mais je regarde les résultats. J'ai beaucoup de sympathie et d'amitié pour Marc Wilmots, qui a été mon voisin de banc au Sénat. Mais je regarde surtout le foot avec mon gamin lors des grandes compétitions. Et puis, je vais voir le Standard et mon club d'enfance, le Football Club liégeois, où il y a une atmosphère très chouette et bon enfant.