fusible Entretien

La récente "crise" des certificats verts et du photovoltaïque a cloué la coalition de l’Olivier wallon au pilori médiatique. Y aurait-il donc une malédiction Ecolo? Ce parti est-il le bouc émissaire bien commode, la victime idéale, des majorités gouvernementales auxquelles il participe? Pour le politologue Pascal Delwit (ULB), non, Ecolo a bien changé de style depuis sa première participation au pouvoir en 1999, sous l’ère "arc-en-ciel". Désormais, les verts ne se laissent plus faire

Quand on demande à l’opposition MR (à son chef de groupe Willy Borsus, en l’occurrence) quel est le maillon faible de l’Olivier wallon, il répond que c’est Ecolo et son “extrémisme doctrinaire”. Vous êtes d’accord ?

Tout dépend évidemment de la définition que l’on donne au terme "extrémisme" Ecolo n’est pas un parti extrémiste. Toutefois, Ecolo est le parti qui a le plus de difficultés à accepter certains compromis. Willy Borsus, en disant cela, s’inscrit sans doute dans la préparation de la campagne régionale de 2014. Il y a aussi un autre élément : les certificats verts touchent essentiellement des gens qui font partie des classes moyennes, des gens qui travaillent. C’est-à-dire des gens qui, électoralement, peuvent se partager entre MR et Ecolo, justement. On peut analyser les propos des libéraux comme de la compétition électorale vis-à-vis des écolos par rapport à ce segment d’électeurs qu’ils partagent. Il y a enfin la question de la définition des majorités en 2014 qui peut avoir conduit Willy Borsus à utiliser cette expression au sujet d’Ecolo.

Ecolo, comme partenaire de gouvernement, n’est donc pas un ventre mou ?

Dans cette législature difficile à Bruxelles, mais surtout à la Région wallonne, chacun défend avec détermination ses dossiers. Ecolo autant que le CDH, par exemple dans le domaine de la réforme de l’enseignement supérieur ou sur la question de l’implantation du centre sportif de haut niveau Il n’y a pas un mouton blanc - Ecolo - face à deux moutons noirs PS et CDH. Par ailleurs, l’Olivier est une coalition à trois et c’est loin d’être une configuration anodine. Comme conséquence, on trouve cette tentation permanente d’isoler un des trois partenaires pour lui mettre sur le dos les échecs du gouvernement. Cette tendance est naturelle dans une majorité à trois. Toutefois, ce n’est pas vrai depuis le début. Depuis 2009, et jusqu’à il y a peu, on ne pouvait pas dire qu’Ecolo a été le fusible de la majorité. Mais l’anticipation actuelle par rapport au futur scrutin au niveau politique et médiatique laisse penser qu’on ne va pas vers une reconduction de la majorité actuelle. Et donc, pour une fin de législature, ce contexte est particulièrement déstructurant et perturbateur pour une majorité.

Ecolo a-t-il changé dans sa vision du pouvoir ?

Les écolos ont intégré les enseignements de leur première participation au fédéral et dans les Régions et les Communautés en 1999. Tant au niveau de l’exercice du pouvoir qu’en termes d’organisation interne du parti. Le parti s’est formaté au rythme de la vie politique, des médias, de la prise de décision. C’est aussi un parti plus réaliste : il est allé par exemple aux dernières élections communales sans états d’âme. En 2012, Ecolo affichait l’ambition de ne plus être une pomme qu’on croque à belles dents Quitte à être cynique dans la création d’alliances, comme à Schaerbeek ou à Watermael-Boitsfort. Ecolo s’est formaté à la vie politique belge et est devenu un parti moins spécifique qu’il ne l’était dans les années 80 et dans les années 90. Dans les majorités, les écolos cherchent moins à verdir tous les dossiers comme en 1999. Désormais, Ecolo met ses priorités sur quelques dossiers emblématiques.

Jouer sur les emblèmes, c’est un pari risqué. La preuve avec les certificats verts…

On peut en effet se demander comment Ecolo n’a pas mieux réagi dans ce dossier. L’erreur, à la base, de Jean-Marc Nollet, a été de tenter d’allumer un contre-feu avec la proposition sur l’électricité gratuite avant que la polémique sur les certificats verts ne surgisse. Cela a envenimé les choses.