Le Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX) a dénoncé lundi l'"aveuglement" du secrétaire d'Etat à l'Asile Theo Francken qui via un "jeu de passe-passe" permet au gouvernement fédéral de "détériorer l'accueil" en faisant passer comme "humanitaire" un projet d'ouverture dans l'urgence de 2.500 places d'accueil alors qu'il venait d'en fermer presqu'autant.

Le MRAX a condamné dans le même temps les propos du bourgmestre faisant fonction de Tournai Paul-Olivier Delannois (PS) selon lesquels une augmentation de réfugiés dans sa commune risquait d'augmenter le sentiment d'insécurité et le racisme. 

De son côté, la plate-forme pour l'intégration des étrangers à Tournai a rappelé lundi qu'accueillir 700 réfugiés alors que la Wallonie picarde compte 350.000 habitants, constituait "une goutte d'eau" avec un réfugié pour 500 habitants. Dénonçant cependant le "manque de communication" du gouvernement fédéral, elle a appelé à une large concertation de tous les acteurs concernés afin de faire jouer à plein la solidarité.

La plate-forme juge que les réfugiés doivent être considérés comme contributeurs de ressources plutôt que "pilleurs de ressources".


Le sociologue Andrea Rea dénonce l'"irresponsabilité politique"

Le sociologue de l'ULB Andrea Rea dénonce "l'irresponsabilité politique" des gestionnaires publics dont l'action ou les déclarations "électoralistes" sur les demandeurs d'asile desservent une gestion à long terme de flux qui ne feront que croître avec l'évolution des conflits au Moyen-Orient. Le gouvernement fédéral a décidé d'ouvrir de nouvelles places réparties notamment dans un centre à Tournai, ville dont les responsables socialistes ont dénoncé l'ampleur du nombre de demandeurs d'asile à accueillir, sans concertation, au risque de miner la cohésion sociale et d'exacerber le racisme.

Co-auteur de travaux de recherche réalisés il y a dix ans sur les Belges francophones face aux demandeurs d'asile, Andrea Rea n'est pas tendre avec les responsables politiques socialistes dont le discours tranche, dit-il, avec celui tenu dans les années 1980. Il souligne notamment qu'aucune étude n'a jamais démontré de lien entre le nombre de demandeurs d'asile à accueillir et la montée éventuelle du racisme. "Ce qui peut susciter des réactions d'hostilité dans la population locale, c'est la manière dont les édiles politisent le dossier. A l'inverse, si les politiques le valorisent, notamment à travers divers projets, on peut assister à des réactions d'ouverture", a-t-il observé.

Andrea Rea se montre également critique pour les gouvernements fédéraux successifs qui n'ont pas mené de politique proactive ou préventive en la matière. "Le gouvernement précédent a fermé 2.000 places en croyant que la crise de l'asile était définitivement terminée, aujourd'hui, il a fallu ouvrir des places dans l'urgence et quelques milliers de demandeurs supplémentaires viendront encore dans les années à venir", explique-t-il.

Dans la recherche réalisée au début des années 2000, les sociologues préconisaient quelques bonnes pratiques dont la réalisation d'une "étude de faisabilité" en amont du processus de création de places dans les centres. Face à l'urgence, cette étude n'a pu être menée ces dernières semaines, ce qui explique en partie la frustration des responsables locaux.

L'étude menée il y a dix ans soulignait que les réactions hostiles de la population locale pouvaient notamment trouver leur origine dans un amalgame fait autour du "migrant" alors que les demandeurs d'asile constituent une catégorie bien spécifique de personnes. Pour différentes causes irrationnelles, l'étranger est souvent stigmatisé et un travail d'accompagnement politique, médiatique et social est nécessaire pour assurer la cohésion. Ainsi, l'étude pointait du doigt l'importance du facteur de proximité d'un centre d'asile vu comme un facteur de dévalorisation immobilière du quartier ou de perte d'identité d'une communauté locale prétendument homogène.

Depuis la publication de cette recherche il y a dix ans, on évoque aussi la crise économique européenne au nombre des arguments potentiellement hostiles à l'accueil des réfugiés. Mais pour Andrea Rea, cet argument non plus ne tient pas. "La crise économique n'est pas beaucoup plus désastreuse aujourd'hui qu'il y a dix ans. Ce à quoi nous assistons, c'est à un problème de répartition des richesses, au sentiment qu'il faut toujours aider les mêmes, et donc à la montée des égoïsmes. Il y a une disposition à la solidarité qui est moins forte qu'en 2000", constate-t-il. Or, rappelle le chercheur, si le nombre de demandeurs d'asile augmentera en Europe dans les années à venir, il ne représente qu'une partie infime de la population locale et du nombre total de réfugiés à travers le monde.