Belgique

Tout au plus, quelques jours avec des bajoues de hamster, mais à part ça, pas de quoi se tracasser." Lorsqu’il s’agit de "vendre" une extraction préventive de dents de sagesse pour votre progéniture en âge de raison, certains dentistes et stomatologues se montrent aussi rassurants que convaincants. Pour ceux-là, pas de doute : extraire ces troisièmes molaires, même en l’absence de toute pathologie, revient à éviter bien des problèmes plus tard. Pour justifier cet acte préventif, ils avancent des arguments comme le fait que l’extraction est plus aisée chez le jeune qu’à un âge plus avancé; que s’il y a lieu d’extraire une dent de sagesse malade, autant retirer toutes les autres en même temps. Ou alors le fait que cette intervention permet d’éviter que les dents de sagesse ne "poussent" les autres. Voire que ces molaires dents n’ont (plus) aucune utilité. Le régime alimentaire moderne, nécessitant moins de mastication, et de surcroît riche en sucre, ce qui favorise la formation de caries, ne justifierait plus les 32 dents dont est dotée l’espèce humaine. Et ce, d’autant plus que la taille des mâchoires se serait réduite au fil des millénaires.

Faut-il dès lors extraire les dents de sagesse saines de manière préventive et systématique afin d’éviter la survenue d’une série de problèmes futurs ? Ou, au contraire, vaut-il mieux les laisser bien sagement en place, les surveiller et, le cas échéant, intervenir si un souci surgit ? Telle est la question que s’est posée le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE), histoire d’éclairer tous ces parents confrontés à ce bien fâcheux dilemme.

Le verdict est clair : après avoir consulté la maigre littérature scientifique consacrée à ce sujet, les experts en arrivent à la conclusion suivante : "L es publications - de faible qualité - révèlent que l’extraction préventive des dents de sagesse chez les adolescentes ne permet pas d’empêcher le chevauchement ou le mauvais alignement des dents de devant. Il n’existe pas suffisamment de preuves établies qui soutiennent que l’extraction préventive des dents de sagesse est plus avantageuse que de laisser les dents en place." En conclusion, pour toutes ces raisons, et en vertu du principe généralement accepté dans le monde médical "primum non nocere" ("en premier lieu, ne pas nuire"), le KCE recommande que l’extraction préventive ne soit pas pratiquée de manière systématique sur les dents de sagesse saines. Qu’on se le dise!

Si certains dentistes et stomatologues ont tendance à minimiser l’intervention en question, elle n’est cependant pas sans risque de complications, rappellent les auteurs du rapport. "Cette opération génère souvent douleurs et gonflements. Les complications les plus fréquentes sont les infections, l’atteinte du nerf inférieur qui peut entraîner une insensibilité, temporaire ou permanente, de la lèvre inférieure ou de la langue, ou un dommage causé aux dents voisines. Plus rarement, une fracture de la mâchoire peut être occasionnée." C’est dire si cette intervention n’est pas anodine et s’il vaut mieux réfléchir plutôt deux fois qu’une avant d’y souscrire.

Autre chose est évidemment l’extraction des troisièmes molaires malades, qu’elles présentent une carie non "restaurable", qu’elles provoquent le développement d’un kyste ou une inflammation des tissus qui entourent et recouvrent la dent de sagesse. Dans ces cas de figure, l’extraction curative s’impose sans hésitation.

Au Conseil national de promotion de la qualité, le KCE recommande d’élaborer une brochure destinée aux patients, qui contienne des informations claires, complètes et nuancées sur les bénéfices et risques potentiels, ainsi que les coûts de l’extraction préventive des dents de sagesse saines.