Après les fêtes, le retour sur les bancs de l'école en 2014 ne s'est pas fait en silence vu la proposition de plusieurs tours-opérateurs belges, ce lundi. Ces derniers proposent d'étaler les périodes de vacances scolaires entre la Flandre et la Wallonie. Ce système fonctionne déjà en France, qui est séparée en différentes zones. Une proposition qui ne plait pas du tout à la ministre de l'Enseignement obligatoire, Marie-Martine Schyns (CDH), qui estime que "le tourisme ne doit pas décider des congés scolaires."

Historiquement, les vacances et congés scolaires correspondent généralement à une fête religieuse: Noël, Pâques, Pentecôte… Pour les grandes vacances, il n'en est rien. Elles sont apparues dès 1231, sous le pape Grégoire II. Dans son ouvrage "Petite histoire des grandes vacances", Daniel Moatti écrit que le pape "accordait des vacances pour les travaux agricoles. Ces vacances qui ne devaient pas excéder un mois, portaient le nom bien significatif de 'vendanges'".

Plus tard, les grandes vacances ont été dictées par les classes aisées de la société "qui avaient l'habitude de partir en villégiature lorsque la température s'élève et que la ville devient peu accueillante car chaude et poussiéreuse. Cela vient en réalité des pays chauds. Quand l'école apparaît et se développe, c'est l'été qui apparaît comme la période la plus propice à l'arrêt des activités", précise Jean Puissant, historien et ancien professeur à l'ULB.

Au moment de cette importance croissante prise par l'école, au 19ème siècle (obligatoire en Belgique en 1914), cette période de vacances d'été était également liée à cet autre facteur ancestral : le travail rural. Car pour les moins riches, il fallait aller travailler. "Les enfants de paysans étaient appelés aux travaux dans les champs lors des récoltes et il n'était pas question d'aller à l'école à cette période. Ils y allaient plutôt en hiver", raconte l'historien belge.

Les grandes vacances ont également connu une évolution au niveau de la durée. Pendant longtemps, les élèves et étudiants ne bénéficiaient que de six semaines de congés durant juillet et août. C'est avec l'avènement de la société des loisirs, "au 20ème siècle, après la deuxième Guerre mondiale, que le nombre de jours d'école a considérablement diminué", détaille Jean Puissant.

Des grandes vacances plus courtes ?

Si en Belgique, on voit que les politiques sont loin de se laisser faire par les tours-opérateurs, en France, le secteur touristique a pris part au débat lors de l'année scolaire 1964/1965. Le pays a alors été divisé en trois zones (A,B et C) pour permettre d'allonger les vacances d'hiver et de printemps et favoriser le tourisme.

Chez nos voisins français, il semble que le secteur touristique ait bien son mot à dire. En 2012, il s'est invité au débat sur la diminution des vacances scolaires. Le secteur proposait un zonage des vacances d'été en deux, avec une période de congés commune. Le ministre français de l'Education nationale, Vincent Peillon, avait alors sauté sur l'occasion pour relancer l'idée d'écourter de deux semaines les grandes vacances. Un projet qui n'avait finalement pas été accepté par les syndicats et les fédérations de parents d'élèves. 

Cette proposition refait régulièrement surface en Belgique également. Mais "ce n'est pas un débat qui est à l'ordre du jour pour le moment", indique à LaLibre.be la ministre de l'Enseignement obligatoire, Marie-Martine Schyns, "mais il ne faut pas exclure que dans une prochaine majorité, on puisse en discuter".

Car un tel réarrangement des périodes scolaires aura bien évidemment un impact sur la vie de tout un chacun. Pas questiopn donc pour la ministre de prendre ce sujet à la lègère. "Changer les moments de congé aura beaucoup d'impact sur l'organisation de l'école, mais aussi sur l'organisation des familles, sur le monde du travail et sur différents autres secteurs. C'est une réflexion qui doit se faire avec les acteurs concernés et qui pourra faire partie d'une déclaration de politique gouvernementale, mais en menant une réflexion approfondie sur l’intérêt pédagogique", précise encore la ministre.