Du côté du cabinet de Pascal Smet, on confirme que la volonté d’affecter des bandes de circulation propres aux navetteurs pratiquant le covoiturage est présente - même si elle n’en est qu’au stade de projet.

Bien des obstacles juridiques et pratiques doivent cependant encore être franchis. Ainsi, sans la collaboration des Régions flamande et wallonne, rien ne sera possible puisque c’est in fine sur leur réseau que l’essentiel du dispositif sera mis en place. Sur le territoire de la Région bruxelloise, les autoroutes ne développent, en effet, jamais que quelques centaines de mètres.

Une question d’ordre technique se pose par ailleurs. Comment vérifier que les automobilistes roulant sur la bande réservée ont bel et bien des passagers à leur bord ? Chez Pascal Smet, on explique que des contrôles seront effectués sur le terrain, mais aussi à l’aide de caméras installées sur des portiques d’autoroute, comme c’est le cas, par exemple, aux Etats-Unis.

Ces caméras, devraient, nous assure-t-on, non pas identifier les personnes ayant pris place à bord des voitures filmées, mais simplement relever si celles-ci sont occupées par une ou plusieurs personnes.

Poupées gonflables

Ce système existerait ailleurs dans le monde, notamment au Japon où, pour la petite histoire, des petits malins ont essayé de contourner le problème en installant sur le siège passager… une poupée gonflable.

L’anecdote porte à rire, mais tout le monde n’apprécie guère l’idée que, même pour améliorer la mobilité, l’Etat augmente encore son degré de surveillance.

C’est notamment le cas d’Alexis Deswaef, le président de la Ligue des droits de l’homme, qui rappelle qu’à la suite des attentats de Paris, le gouvernement a décidé d’étendre le réseau de caméras de reconnaissance des plaques minéralogiques (ANPR). D’après des journaux flamands, ces caméras ne se borneraient pas à prendre en photo les plaques d’immatriculation mais aussi l’ensemble de la voiture et seraient capables d’identifier ses occupants à l’aide d’un programme de reconnaissance faciale.

Droit au respect de la vie privée

"Le problème, observe M. Deswaef, est que les autorités ont tendance, pour des raisons louables d’amélioration de la sécurité ou de la mobilité des citoyens, à prendre des mesures qui portent atteinte au respect de leur vie privée, un droit pourtant fondamental. Car nous ne disposons pas de garanties suffisantes s’agissant du temps de conservation des données, de leur usage et de l’identité de ceux qui y ont accès."

Au cabinet Smet, on se montre plus rassurant : "Il ne s’agira pas de prendre les gens en photo et de conserver les données enregistrées, mais bien de contrôler si l’esprit du dispositif est respecté", dit l’un des porte-parole du ministre avant d’insister : "Il ne s’agit jamais qu’un projet. On est loin d’une concrétisation."