Les rassemblements "Nuit Debout", lancés en France, trouvent un écho chez nous.

Ils ne sont qu’une petite vingtaine présents à dix-neuf heures, aux Monts des Arts. Le petit groupe se dirige vers les marches où se tiendra la deuxième "Nuit Debout" bruxelloise en scrutant les alentours, espérant voir d’autres jeunes les suivre. Et c’est le cas. Petit à petit, les escaliers se remplissent. Les visages sont enjoués, les discussions légères. De la soupe et des cookies "vegan" sont distribués par un groupe de filles âgées d’une vingtaine d’années. A côté, d’autres jeunes terminent d’écrire leurs pancartes. "Paraît que la nuit porte conseil, la nuit c’est nous et on n’a pas sommeil", peut-on lire sur l’une d’entre elles.

Un homme prend la parole et annonce le lancement de la soirée. Tout à coup, les chuchotements cessent et les regards se tournent vers lui. Ils attendaient tous avec impatience ce moment. Ce soir, ils passeront la nuit debout.

Des paroles pour encourager les actes

Se réapproprier l’espace public et trouver des alternatives au système dans lequel nous vivons, voilà les deux ambitions partagées par les participants des rassemblements "Nuit Debout". L’idée est de recréer une véritable Agora publique, afin de débattre entre citoyens désireux de changer le monde.

D’abord lancé en France en signe de protestation contre la loi El Khomri sur le Code du travail, le "mouvement" a trouvé un écho dans notre capitale. Et chaque soir, depuis le 6 avril, ils sont des centaines à répondre à l’appel, que ce soit en tant que spectateurs ou en tant qu’orateurs. La foule est hétéroclite, même si les jeunes sont les plus nombreux. Nicolas en fait partie. "Je suis ici pour réfléchir à une alternative, pour tenter d’amener une autre façon de penser. Je n’ai pas prévu de prendre la parole, mais si jamais je ressens tout de même le besoin de le faire, je n’hésiterai pas", confie-t-il juste avant d’entamer sa première "Nuit Debout" aux Monts des Arts.

"On ne revendique rien et on veut tout"

"Nous ne demandons rien aux politiques. Nous devons les ignorer, nous sommes nos propres élus !" lance un jeune à la foule. Plusieurs mains s’agitent en l’air en signe d’accord. Aux termes des discussions, il ne s’agit donc pas d’arriver avec des revendications auprès des "politiques", au contraire. Le changement, ils espèrent l’initier eux-mêmes, sans intermédiaire.

Pourtant, si les paroles sont bien présentes, les actions concrètes restent encore de vagues projets. "C’est le gros problème", avoue Guillaume, l’un des encadrants du rassemblement. "Nous sommes là pour faire changer les choses. Mais quand, comment et pourquoi, on ne le sait même pas encore vraiment. Pour l’instant, on veut que ce soient les paroles qui fassent bouger, et on veut surtout attirer de plus en plus de monde."

Malgré tout, des décisions sont prises lors des rassemblements. "On s’exprime, on débat et on vote". Le tout sur des sujets très variés : la qualité du travail fourni en Belgique, l’allocation universelle, l’importance des circuits courts, l’avenir de notre planète, les alternatives au système capitaliste, etc. Chacun y va de ses idées et suggestions pour créer une société idéale.

Un langage codifié

Pour ne pas partir dans tous les sens, un code est tout de même mis en place, ou plutôt un langage non verbal. Si l’on est d’accord, on agite les mains. Si on ne l’est pas, on les croise. D’autres gestes sont également établis, par exemple pour faire comprendre à un intervenant qu’il se répète ou qu’il n’amène rien au débat. Si le mouvement se veut sans hiérarchie, il n’est pas pour autant dépourvu d’une certaine organisation.

Un partage d’idées, mais aussi d’émotions

Entre les différents débats, d’autres messages sont transmis. Certains prennent la parole pour simplement exprimer leurs états d’âme quant au monde dans lequel ils vivent, sans pour autant proposer des pistes de solution. La poésie, le rap ou encore la musique sont utilisés pour faire passer un message. Chacun s’exprime comme il le souhaite, sans jugement ni restriction. L’ambiance est chaleureuse et conviviale, même le cafetier situé à quelques mètres du rassemblement offre des bières aux participants. Le simple fait de se réunir semble apporter du baume au cœur à tous ces citoyens déçus ou dégoûtés de la société actuelle. Et même si l’ampleur de l’événement est encore bien moindre que chez nos voisins français, la volonté, elle, semble tout aussi forte.

Même si l’événement Facebook indique 5h comme heure de fin, les rassemblements ne durent pour l’instant jamais si tard. Mercredi, au Mont des Arts, les échanges se sont terminés vers une heure du matin. Seuls les plus motivés sont restés pour continuer la nuit en musique.

En attendant Charleroi et Liège

Mais l’appellation "Nuit Debout" n’est pas forcément utilisée à tort, comme l’explique un des intervenants au début du rassemblement. "Oui nous sommes assis pendant les assemblées, mais ça ne contredit en rien le nom de ces événements. On ne doit pas rester réveillés, mais bien éveillés. Certains ont un boulot, des obligations, personne n’est obligé de rester toute la nuit. Nous devons simplement garder notre esprit éveillé, aussi bien pendant les rassemblements que pendant la journée."

Et bientôt, les Bruxellois ne seront pas les seuls à s’éveiller. D’autres villes comme Liège et Charleroi lancent également le concept de "Nuit Debout".