Il fallait du courage, samedi, sur le coup de 14 heures, pour braver la pluie glaciale qui hésitait à virer en neige. Ils ont pourtant tenu à être là, devant le CPAS de Walhain, au cœur du Brabant wallon, centre géographique de la Belgique. Il y a là des retraités comme Danielle (67 ans), Chantale (61 ans) ou Michel (69 ans), ainsi qu’une poignée d’autres citoyens venus manifester leur solidarité avec les personnes exclues du chômage depuis le 1er janvier 2015.

Ils participent à une initiative organisée de concert par Tout autre chose, Hart Boven Hard-Bruxelles et Acteurs des temps présents : recenser, dans les 281 CPAS de Bruxelles et de Wallonie, le nombre de victimes d’une décision du gouvernement fédéral précédent.

Le RIS ou, pire, plus rien

En 2011, l’équipe Di Rupo avait en effet décidé de limiter à trois ans le droit au chômage des personnes qui n’ont pas trouvé d’emploi à l’issue de leurs études. Ces personnes qui n’ont plus droit à des allocations d’insertion vont rejoindre la longue liste des bénéficiaires du revenu d’insertion sociale (RIS) ou, pire, se retrouveront sans le moindre droit à une aide…

Combien sont concernés ? Les chiffres varient selon les sources. Si l’Onem (national) parle de 16 900 personnes en fin de droit, le Forem (wallon) évalue à plus de 30 000 le nombre de Wallons concernés et Actiris annonce près de 5 000 exclus à Bruxelles.

Ici, à Walhain, le chiffre peut paraître dérisoire, mais il masque la réalité. Dans cette petite commune qui a le privilège de détenir le taux de chômage le moins élevé du Brabant wallon (entre 7 et 8 %), les moins de 20 ans représentent 27 % de la population. En revanche, les jeunes adultes (20-29 ans) ne sont plus que 10 % des Walhinois… "Ce sont les jeunes concernés par les mesures : ils ont pour la plupart quitté la commune, devenue trop chère pour eux , analyse Danielle. Ils vont s’installer du côté de Sombreffe, de Gembloux, etc., où les taux de chômage sont nettement plus élevés." La citoyenne engagée insiste : "Il faut intégrer cela dans la réflexion : il y aurait lieu de penser autrement la solidarité entre CPAS de communes "riches" et CPAS de communes qui reçoivent les pauvres des autres communes."

Chantale n’est pas directement touchée par le couperet du 1er janvier : "Mais je suis personnellement très concernée par la manière dont les choses se passent dans notre pays. C’est fou, ces mesures qui frappent les plus fragiles. On est très mal barrés…"

Une banderole de 281 clichés

Les parapluies claquent dans le vent. La photo avec la mention "89 exclus" qui se détache sur la façade du CPAS de Walhain est mise en boîte sans trop traîner. Elle viendra s’ajouter aux 280 autres photos des CPAS, "premiers réceptacles des demandes de ces chômeurs exclus" pour former une banderole géante qui sera déployée et accrochée ce mardi 6 janvier dans un lieu symbolisant cette mesure…