I l est loin le temps où un quarteron d'éditorialistes flamands déterminait l'agenda politique. On l'a déjà dit dans ces colonnes : il faut remonter à la crise de Louvain où par un froid matin de février 1968, Paul Vanden Boeynants apprenait de leur bouche que les heures de son gouvernement étaient comptées, sacrifié qu'il serait sur l'autel du "Walen buiten". Plus tard, la junte des commentateurs eut raison du pacte d'Egmont mais à la veille de la nouvelle réunion de la commission de l'Intérieur de la Chambre sur B-H-V, il n'est pas évident de trouver un fil rouge dans les éditos nordistes. B-H-V vaut-il dès lors une crise dans la crise ?

A en croire Guy Tegenbos du "Standaard", il vaut mieux décider "tard que mal et vite". Entendez : ce n'est pas encore le moment de s'inquiéter de l'absence de gouvernement : "nous en avons surtout besoin pour régler nos problèmes à long terme. Et cela nécessite une bonne vision, un bon programme de gouvernement et de meilleures structures étatiques". Patience et longueur de temps donc d'autant plus qu'en précipitant les événements "il y aura une mauvaise, voire pas de réforme de l'Etat du tout"...

"Une crise de régime d'au moins un an"

Pour Luc Vanderkelen dans le "Laatste Nieuws", "les hommes politiques ont encore perdu une occasion de se taire". Et de cibler Olivier Maingain et les CD & V de la périphérie qui ont encore fait monter la tension. Pour rien ? Oui, "car le meilleur moyen de ne pas réussir la scission de B-H-V est d'avoir un vote unilatéral à la Chambre. Dans cette hypothèse, il n'y aura pas de gouvernement, mais le pays peut se préparer à une crise de régime d'au moins un an". Paul Geudens n'est pas de cet avis.

Dans la "Gazet van Antwerpen", il a mis les francophones en garde contre la persistance du refus de négocier : "si les négociations échouent, ce sera de la farine au moulin des vrais séparatistes et il ne sera plus question alors de la seule scission d'un arrondissement". Et d'inviter les partis flamands à se montrer intraitables !

Eric Donckier ne voit pas une crise d'un bon oeil pour le CD & V : ce serait la fin de l'orange bleue et celle d'Yves Leterme... Reste que le fossé à combler avec les francophones est plus profond qu'on ne l'imagine : "le problème est que les francophones ont ridiculisé les revendications flamandes en matière de réforme de l'Etat et de scission de B-H-V". Pire, ils ont laissé croire en organisant des fuites dans la presse et en en faisant une caricature "que c'était la fin de la Belgique". Pour le commentateur du "Belang van Limburg", "le mal était commis et cela a fait échouer non seulement les négociations à Val Duchesse mais probablement aussi ces négociations-ci..."

Ivan Broeckmeyer du "Tijd" tout en constatant que la population reste plutôt indifférente (en dehors des manifestations et des pétitions pour ou contre B-H-V) a mis tout le monde d'accord : "Leterme ne pourra survivre que s'il sort un compromis de son chapeau et qui soit si complexe que chaque parti pourrait s'y retrouver". Autant dire utopique ?