L’université et le monde du travail sont deux milieux "qui ne se connaissent pas", juge Philippe Lambrecht, secrétaire général de la FEB (Fédération des entreprises de Belgique) et professeur invité à l’UCL. La démarche qu’accomplit actuellement l’Université catholique de Louvain tend dès lors à les rapprocher, et surtout à faire correspondre davantage la formation des étudiants à ce que le marché de l’emploi (entreprises mais aussi fonction publique, professions libérales ) attend d’eux.

L’idée qui préside à cette réforme, mise en œuvre ailleurs en Communauté française et à l’étranger mais pour laquelle l’UCL se veut pionnière, est de renverser la logique de l’enseignement universitaire : d’une formation centrée sur l’enseignant et la maîtrise des processus vers une formation centrée sur l’étudiant et l’atteinte des résultats. Le concept central n’est plus, ici, la transmission des contenus, mais bien les acquis d’apprentissage (learning outcomes en anglais), que l’on peut définir comme "l’énoncé de ce que l’apprenant sait, comprend et est capable de réaliser au terme d’un processus d’apprentissage" (Conseil de l’éducation et de la formation, 2008).

Pratiquement, il s’agit d’abord de définir clairement le "profil de sortie", c’est-à-dire les compétences que l’étudiant doit maîtriser à l’issue du programme de formation. Pour ce faire, l’UCL a sondé ses anciens, les employeurs ainsi que les étudiants actuels. Une démarche sans doute plus évidente à réaliser pour un ingénieur polytechnicien ou de gestion et un dentiste (les trois programmes précurseurs à Louvain-la-Neuve) que pour un psychologue ou un philosophe, mais toutes les formations y passeront, assure le prorecteur à l’enseignement, Vincent Wertz. C’est d’ailleurs prévu par le processus de Bologne, au sein duquel les pays européens se sont engagés à développer des référentiels de compétences pour permettre aux étudiants de comparer les programmes entre universités. En Communauté française, cette révision devrait être imposée dans un futur proche, dit-on à l’UCL.

Une fois le profil de sortie défini, on revoit ensuite les programmes en fonction des attentes au terme du cursus. En dentisterie, on développera, par exemple, la formation de secouriste ou en fiscalité et comptabilité, des lacunes identifiées par les personnes sondées. En gestion, il s’agit surtout de compétences transversales (savoir communiquer, pensée critique ).

Les étudiants néolouvanistes, conscients des bénéfices potentiels, soutiennent le processus en cours. Marie-Sarah Delefosse, vice-présidente de l’AGL : "Il y a beaucoup de positif (cohérence et qualité de la formation, clarté, motivation, responsabilisation des étudiants ), mais nous voulons que la formation reste générale. L’université n’est pas au service de l’entreprise." Un point de vue partagé par les autorités de l’UCL, qui nient toute dérive utilitariste de l’université. "Le but n’est pas de se mettre au service des employeurs, garantit Vincent Wertz, mais de tenir compte de leurs souhaits comme un des éléments qui permettent de définir nos programmes de formation." Et Philippe Lambrecht de conclure : "Pour l’université, ce n’est pas déchoir que de vouloir savoir dans quel monde nous vivons."