Trop tardives, à l’évidence, et grotesques, assurément, les excuses faites, vendredi dernier, par Harald Stock, le directeur exécutif de Grünenthal, le fabricant allemand de la thalidomide, médicament responsable des malformations de milliers de bébés, ont suscité de vives réactions. Effroi, émotion, écœurement Environ 50 ans après que soient nées les victimes de cet antinauséeux alors pris par des femmes enceintes, ce premier signe de la part d’un dirigeant de la firme responsable du "scandale du Softénon" a des relents d’hypocrisie pour certains.

En Australie, les avocats de survivants ont été jusqu’à qualifier de "pathétiques" et d’"insultantes", les excuses prononcées par l’actuel directeur de la firme pharmaceutique, alors qu’il inaugurait un mémorial en hommage aux victimes, et en présence de certaines d’entre elles. " Notre entreprise est vraiment désolée pour son silence envers les victimes de la thalidomide " - prescrite aux femmes enceintes pour soigner les nausées à la fin des années 50 et jusqu’au début des années 60 -, s’est contenté de déclarer le dirigeant de l’entreprise. Avant d’oser ajouter : " Nous demandons que vous considériez notre silence comme un signe du choc que votre destin nous a causé ." Voyage en absurdie.

Autant dire que certaines associations de victimes, qu’elles émanent d’Allemagne, de Grande-Bretagne, du Japon, d’Australie ou du Canada, n’ont pas manqué de juger ces propos comme totalement déplacés.

Fallait-il cinq décennies pour songer à présenter ses excuses ? Et est-ce bien d’une statue à leur effigie dont ont aujourd’hui besoin ces adultes confrontés aux pires difficultés dans leur quotidien, depuis leur naissance et plus encore avec l’âge, après avoir affronté tout au long de leur vie les regards - entre autres - que l’on peut imaginer ?

Non, bien sûr, s’il en est qui accepteront les excuses, sans doute ce qu’ils sont en mesure de demander, à défaut d’une vie qu’ils n’auront jamais eue "normale", c’est une reconnaissance de leur infirmité et un dédommagement bien légitime.

" Qu’attendent-ils ? Qu’on soit tous morts pour enfin faire quelque chose ? ", a réagi Martine Olivier, porte-parole de l’association belge des victimes de la thalidomide.

" Nous vivons toujours dans l’angoisse de notre devenir", nous avait-elle confié en juillet dernier, alors que Lynette Rowe, une Australienne de 50 ans, avait obtenu plusieurs millions de dollars au terme d’un accord à l’amiable avec le groupe britannique de produits pharmaceutiques Diageo et qu’en Belgique la somme perçue reste ridicule. "Qu’il s’agisse d’adapter l’aménagement de notre maison à nos besoins ou des soins médicaux, tout cela représente des coûts financiers considérables."

Et l’on peut s’en douter, avec les années, les dépenses nécessaires pour couvrir les frais liés aux maladies engendrées par ce handicap ne font et ne feront qu’augmenter, alors que le corps prématurément usé de ces personnes a été malmené tout au long de leur existence.

Inutile de dire que ce ne sont ni des excuses ni un mémorial qui permettront aux victimes de leur assurer la fin de vie digne qu’ils sont en droit d’avoir.

Pour ce qui est de la situation en Belgique, rappelons qu’à l’heure actuelle, un procès est toujours en cours, quatorze victimes belges ayant interjeté appel (sept y ayant renoncé), en mars dernier, du jugement qui les déboutait contre l’Etat belge. Elles réclament un montant provisionnel d’indemnisation d’un million d’euros chacune. " Je ne demande pas des millions de dollars, avec un million d’euros, je serais déjà contente ", nous avait encore dit Martine Olivier.

Si tout se déroule comme prévu, on devrait connaître le dénouement de ce dossier cet automne.