polémique

L’irruption de la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, dans la polémique récurrente sur le char nazi du carnaval d’Alost a relancé encore le débat sur les limites de la bienséance dans les manifestations carnavalesques. Comme précisé dans nos précédentes éditions, Mme Bokova avait fait savoir par un communiqué que "ce wagon nazi est contraire aux valeurs de l’Unesco pour la compréhension mutuelle, la tolérance et la paix entre les peuples."

Et de déplorer que ce recours à la Shoah pour dénoncer une situation politique locale "témoigne d’une banalisation inquiétante de la Shoah et de la déportation au cœur même du continent où ce drame s’est produit." La directrice de l’Unesco y rappelait enfin que "la liberté et l’esprit de satire ne sauraient être un prétexte aux stéréotypes antisémites".

Tout logiquement, le bourgmestre d’Alost, Christoph D’Haese (N-VA) est sorti de son mutisme et a déclaré, au nom de son collège qu’il regrettait l’incident. Mais il ajouta qu’"il faut aussi correctement le contextualiser. Nous trouvons cela regrettable car c’était une bonne édition, avec les meilleurs chiffres en matière de sécurité de ces dix dernières années. Mais ce qui s’est passé est regrettable, d’autant que j’avais prévenu la semaine passée que ce que les SS-VA préparaient n’était pas suffisamment carnavalesque".

Le bourgmestre dont le parti était quand même la principale cible du char a réinsisté aussi sur la liberté d’expression : "nous ne voulions heurter personne et dès lors nous n’avons rien interdit. Le carnaval est le jour par excellence de la liberté d’expression".

Et comme pour minimiser encore les faits, Christoph d’Haese a rappelé que "la présence du char était vraiment un incident isolé. Sur les 3 500 personnes participant au carnaval, six appartenaient à ce qu’ils ont appelé les SS-VA." A ce stade, la ville d’Alost n’a pas été informée officiellement de la réaction de l’Unesco et le maïeur a dès lors considéré que le gouvernement flamand devait réagir

Ce qui a été fait à travers une lettre de la ministre flamande de la Culture, Joke Schauvliege (CD&V). La teneur de sa missive ? Le gouvernement flamand regrette la perception qu’a pu susciter le carnaval d’Alost. La ministre a dit comprendre que des images isolées, sans qu’en soit donné le contexte historique et culturel, puissent mener à des interprétations erronées et susciter l’indignation. Et la ministre de rappeler à son tour le contexte des festivités alostoises

"Le carnaval demeure un moment où l’on se moque de l’actualité et des gens connus. Cela se produit souvent d’une manière grotesque, avec des exagérations et des stéréotypes. Il s’agit aussi de la caractéristique d’un carnaval". La ministre considère que "les participants savent ce qu’ils font et sont à même de juger s’ils ne dépassent pas les bornes et blessent ou discriminent des personnes".

Le gouvernement flamand ne souhaite pas s’immiscer dans le carnaval, mais cela n’empêche pas que "la discrimination est punissable en Belgique et que la Flandre condamne toute forme d’antisémitisme et de haine raciale"