"C e n’est pas un métier comme un autre, c’est certain". Hélène Navarre, on le remarque au bout de quelques minutes de conversation, n’a pas sa langue en poche. Traductrice, âgée de 53 ans et mère de trois grands enfants, elle aime d’abord à rappeler qu’elle est tournaisienne d’origine.

Mariée en seconde noce à Olivier Maingain depuis cinq ans, Hélène Navarre s’est manifestement adaptée sans mal à la vie mouvementée de son mari. Parfois en luttant contre elle-même pour ne pas mettre les pieds dans le plat et dire franchement ce qu’elle pense de telle ou telle situation, de telle ou telle personnalité.

"Finalement les gens me posent toujours les mêmes questions", lance-t-elle, pointant les petits désagréments liés au partage de sa vie avec celle du président du FDF. A commencer par le fait "qu’il faut toujours s’habiller". "Avant c’était Madame Désir (l’épouse de Georges Désir, auquel Olivier Maingain a succédé au mayorat de Woluwe-Saint-Lambert, NdlR) qui allait à toutes les noces d’or le samedi", raconte-t-elle. "Moi je travaille en semaine je n’avais donc pas forcément toujours envie. On ne peut pas y aller en jeans, vous comprenez (rires). On m’a fait des remarques au début, comme quoi je ne m’habillais pas comme une femme de bourgmestre… ça m’énerve un peu ce côté-là."

Car pour Hélène Navarre, pas de doute, c’est bien la fonction de bourgmestre de son mari qui est la plus intrusive dans la vie de tous les jours. "On téléphone rarement au député, on lui écrit plutôt. Son GSM sonne beaucoup. C’est son problème mais il arrive qu’on téléphone en pleine nuit. Mais dans la plupart des cas les gens sont très respectueux. Olivier répond volontiers, y compris aux journalistes", sourit-elle encore. "Et si par hasard on va faire les courses ensemble, lui, il reste au milieu du supermarché pour parler avec les gens qui l’interpellent. Moi je fais les courses, lui, il discute." C’est la loi de la proximité de la fonction qu’affectionnent souvent le plus les hommes et femmes politiques.

Pour l’intendance, chez les Maingain, on ne peut pas vraiment parler d’organisation. "C’est simple, il ne sait rien faire", rit Hélène Navarre. "Il ne sait donc pas cuisiner, et je dois dire que j’ai un peu renoncé. A cause des horaires mais aussi parce qu’il n’aime pas grand-chose. Il est très difficile. Le soir, il peut se contenter d’un melon." Elle rappelle aussi des réservations de vacances annulées, comme eu lendemain des élections régionales de 2009 où "je ne sais plus qui a dit qu’il fallait discuter avec le FDF", raconte-t-elle. "On a annulé nos vacances et 48 heures après ils n’en avaient plus rien à faire du FDF. Il nous est arrivé plusieurs fois de déplacer des congés, c’est un peu pour cela qu’on a acheté une maison (en Bourgogne, NdlR). Olivier travaille aussi lorsque nous sommes là-bas."

En revanche, le débat d’idées dont elle est forcément un témoin privilégié enthousiasme énormément l’épouse d’Olivier Maingain. "On parle beaucoup politique", confie-t-elle. "Ca m’intéresse beaucoup, j’ai étudié science Po et je suis assidûment la politique en France et en Belgique. Et Olivier me raconte beaucoup de choses, il me raconte souvent sa journée du début à la fin. Et même si je ne le suis pas régulièrement dans ses activités, cela permet de rencontrer beaucoup de gens intéressants, et d’autres moins intéressants (rires). "

Et d’après elle, les discussions du couple ne sont pas sans influence sur les réflexions du président du FDF. "Je crois, oui", poursuit-elle. "Bien sûr je n’ai pas besoin de lui dire ce qu’il doit penser ou voter, mais parfois je lui dis que je ne suis pas d’accord ou que je ne comprends pas pourquoi il a dit cela à tel moment. Et puis si je n’ai pas compris quelque chose, il peut se dire que les gens n’ont pas compris non plus…"

Pour autant, Hélène Navarre n’est pas toujours tendre avec le monde politique. "C’est un métier un peu superficiel", indique-t-elle. "Il y a des personnalités politiques qu’Olivier croise avec moi. Quand il est là, c’est presque comme si je prenais le thé toutes les semaines avec elles. Et puis lorsque je les croise seules, elles ne me disent même pas bonjour. C’est un peu bizarre."

Par ailleurs, la ligne politique du FDF et la personnalité d’Olivier Maingain jouent parfois des drôles de tours au couple. "En général les gens sont gentils et on peut penser que ceux qui ne disent rien n’aiment pas Olivier, mais c’est très rare. En Flandre, c’est parfois étrange. A Courtrai, une fois, des gens ont changé de trottoir devant lui. Quand je me suis mariée avec lui, certaines personnes m’ont dit des choses méchantes. J’avais certains amis flamands qui ne m’ont plus parlé après. Il y a énormément de clichés mais les Flamands qui connaissent Olivier savent que c’est quelqu’un de profondément gentil. Et c’est vrai qu’il est gentil, trop gentil même (rires)".

Mathieu Colleyn