Recordman de la plus longue peine effectuée par un détenu non récidiviste, Pierre Carette, membre des Cellules communistes combattantes, a été placé en libération conditionnelle en février 2003, après avoir passé plus de 17 ans derrière les barreaux. Cette libération avait provoqué une vive polémique en Belgique. D'un côté, ceux qui estimaient que la gravité des faits reprochés à ce terroriste, son absence de regrets, le discours révolutionnaire qu'il s'obstinait à tenir, malgré la réalité de ses crimes, justifaient qu'on le maintînt en prison. De l'autre, ceux qui jugeaient que l'acharnement de la justice belge à l'égard d'un homme qui avait le droit de défendre ses idées et avait payé ses fautes était discutable. Au milieu, ceux, dont nous étions, qui estimaient que maintenir coûte que coûte Pierre Carette en prison risquait d'en faire un martyr de la cause et de le transformer, comme il le revendiquait lui-même, en prisonnier politique. Ce qui n'était ni servir les intérêts démocratiques d'un Etat de droit comme la Belgique, ni défendre la mémoire des victimes des CCC.

Sa libération n'était pas un déni de justice. Elle s'inscrivait dans un processus classique, appliqué à tout condamné. Elle s'accompagnait de conditions strictes. Elle n'avait rien de scandaleux. Ce qu'il faut regretter c'est que cet indécrottable tenant de la lutte contre la bourgeoisie et le capitalisme ait considéré ces conditions comme du vent, lui qui semblait accorder tant d'importance aux grands serments et aux belles promesses. Qu'il ait conservé, au fond de lui, les idées pour lesquelles il est allé jusqu'à tuer, ne l'oublions pas, n'a rien à voir dans l'affaire. La liberté d'opinion est un droit fondamental et la prison n'est pas faite pour changer les cerveaux. Mais que Carette, qui parlait si fort de sincérité et d'honneur, n'en ait pas eu assez pour jouer proprement le jeu en dit long sur la manière dont il se moque non seulement des institutions mais aussi de ceux qu'il prétend représenter.

Les mêmes observations valent pour Bertrand Sassoye, le compère de Carette, remis en liberté dès 2000. Son cas, à première vue et sous réserve des suites de l'enquête, apparaît même comme bien plus grave. Il aurait, apparemment, repris du service actif. On ne serait plus dans le cadre d'une révocation de la libération conditionnelle mais dans celui de la commission de nouveaux délits. La tromperie serait donc bien plus grave. Si la récidive est avérée, elle devra être punie comme il se doit.