Faut-il le rappeler, la 6 e réforme de l’Etat va régionaliser un ensemble de compétences fédérales relatives à l’emploi. On évoque généralement le sujet dans ses implications financières, dans l’organisation de la mise en œuvre des nouvelles compétences régionales en matière de contrôle et sanction des chômeurs, ou dans l’articulation de celles-ci avec les politiques déjà régionales d’accompagnement des demandeurs d’emploi. Mais que faire de cette défédéralisation ? Des économistes de l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires/UCL) avancent quelques pistes pour la Wallonie, précisément dans les politiques de soutien public financier à la création d’emplois (*).

Muriel Dejemeppe et Bruno Van der Linden rappellent d’abord qu’en dépit "de signes encourageants" , le chômage en Wallonie est "très élevé" et "souvent de longue durée" , en particulier pour certains groupes et bassins. Ils rappellent ensuite que le marché wallon du travail connaît simultanément un problème de rareté d’offres d’emploi (encore jugent-ils cette insuffisance "souvent exagérée" ) et des difficultés de rencontres entre des offres et demandes. Sur cette base, les néolouvanistes disent préconiser cinq orientations.

La première : "Une politique efficace de mise à l’emploi..." On l’aurait bien dit ? Mais cela suppose des objectifs plus clairs et des actions plus simples. Ainsi, les mesures de promotion de l’emploi (APE) "poursuivent trop d’objectifs" même si, pris individuellement, chacun peut avoir du sens; et on en a plus d’une fois (la Cour des comptes, le CESW…) critiqué la qualité de la gestion. Autre exemple, les dispositifs de soutiens aux besoins de proximité : les titres-services et ALE vont passer du fédéral à la Région, s’ajoutant en Wallonie aux dispositifs Idess, aux aides familiales et à domicile, etc. De quoi recommander "leur mise en cohérence" …

Par ailleurs, les allégements linéaires (ceux qui bénéficient à tous les niveaux de salaires) de cotisations sociales patronales s’avèrent "fort coûteux et peu efficaces" , tandis que l’impact par euro d’allégement est le plus grand au bas de l’échelle des salaires. Ajoutons, à ce double constat, le nombre de jeunes peu scolarisés parmi les chômeurs wallons, ainsi que les difficultés particulières d’accès à l’emploi pour les travailleurs moins qualifiés. D’où la recommandation insistante de cibler les réductions - en passe d’être régionalisées - des cotisations patronales. L’essentiel devrait être affecté à des allégements structurels de ces cotisations pour les travailleurs en Wallonie dont le salaire brut est inférieur à 2 000 euros par mois. Cette mesure toucherait quasi 30 % des salariés et pèserait une non-rentrée de quelque 180 millions, à limiter à 6 % le taux de cotisation patronale au salaire minimum. On pourrait en attendre "à terme" une augmentation de l’emploi de 7 000 à 11 000 unités dans la zone de salaires en question.

Les trois autres recommandations à l’Ires visent au maintien des moyens dévolus à l’économie sociale d’insertion; à une réorientation des allocations de travail de l’Onem sur les jeunes Wallons peu scolarisés et sur les chômeurs de longue durée; à un relèvement du gain net en cas de reprise d’emploi, moyennant des réaffectations budgétaires.


(*) En "Focus" daté du 16 juillet, sur www.regards-economiques.be

Le document s’appuie sur une grosse étude des mêmes auteurs, à lire sur le même site, consacrée en janvier dernier "aux soutiens financiers à la création d’emploi".