Jusqu’ici, seul l’Exécutif des musulmans avait réagi; voici que 11 fédérations représentatives de l’islam en Belgique réunies en une Plateforme citoyenne font entendre leur voix après la décision d’interdire le foulard dans les écoles publiques flamandes et ce alors que le débat est aussi très vif en Wallonie et à Bruxelles jusqu’au sein de la famille libérale (voir "La Journée" en page 6).

Réunissant des musulmans d’origine turque, albanaise, pakistanaise et belge, tant néerlandophones que francophones, les signataires déplorent que "la liberté de culte ne cesse de se faire bafouer au nom d’un principe de neutralité comprise de manière restrictive et prohibitionniste par certains et perçu comme un moyen d’exclusion des différences". Ils se disent inquiets parce que "la situation n’est guère meilleure en Wallonie et à Bruxelles où des élèves musulmanes subissent aussi de plus en plus de pressions". Mais "elles n’ont guère le choix entre deux droits fondamentaux; celui de la liberté de culte et celui de l’accès à l’enseignement, qui de plus est obligatoire". Aussi les musulmans ont de plus en plus le sentiment qu’"ils ne sont pas acceptés parce qu’ils sont différents. Car, si on ne mentionne pas une religion particulière, c’est bien l’islam et les musulmanes qui sont dans la ligne de mire des interdictions".

Les signataires se demandent "si la société belge n’est prête à tolérer les musulmans que s’ils acceptent de porter tous le même uniforme qui serait la démonstration d’une pseudo-neutralité de l’individu". Selon eux, "imaginer que la société serait meilleure si tout le monde avait le même profil et ne se distinguait pas par sa philosophie, ses convictions, sa manière de penser et de vivre, c’est revendiquer de vivre dans une société non pas composée de citoyens faits de corps et âme où chacun aurait le droit à la différence, mais une société uniforme où il serait interdit d’être ce qu’on est mais obligé d’être ce qu’on n’est pas".

Pour la Plateforme, "c’est anticonstitutionnel et antidémocratique". Qui plus est, "cela pourrait pousser les musulmans à prendre leur destin en main" alors qu’"ils ont toujours défendu la mixité dans l’enseignement et l’intégration citoyenne" sans "avoir jamais voulu un traitement de faveur, ni un réseau propre comme les écoles catholiques ou juives". La Plateforme redit donc sa "volonté de vivre dans une société multiculturelle où les différences ne constitueront pas un fardeau mais un atout et un enrichissement mutuel". Toutefois, "si leur liberté de culte continuait à être bafouée, les musulmans seront contraints de créer leur propre réseau scolaire sans que l’on puisse les blâmer". S’il fallait aller jusque là, "ce nouveau réseau ouvrirait cependant ses portes à toutes et à tous, quelle que soit leur conviction ou apparence pour une vraie société multiculturelle".