Nadine Ribet-Reinhart, la mère de Valentin, un avocat de 26 ans mort sous les balles des terroristes au Bataclan l’avait annoncé en janvier dernier. Elle comptait attaquer l’Etat belge qu’elle accusait d’inaction dans la surveillance des auteurs des attentats de Paris dont certains étaient connus comme radicalisés.

On ne savait toutefois pas où elle comptait introduire son action. En Belgique ? En France ? Au pénal ou au civil ? Son avocate, Me Samia Maktouf, qui défend des vicitimes du terrorisme, a levé vendredi un coin du voile. Elle introduira son action lundi devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), basée à Strasbourg).

"Il portera sur de graves dysfonctionnement dans les systèmes de protection et de surveillance belge, ce qui a facilité l’infiltration de terroristes sur le territoire français et la commission des attentats" , explique l’avocate, qui se basera sur l’article 2 ("Droit à la vie") de la Convention européenne.

En principe, la Cour européenne des droits de l’homme ne peut se pencher sur un dossier que si toutes les voies de recours ont été épuisées dans un Etat, qui en l’occurrence serait ici la Belgique. Cela ne décourage pas Me Maktouf : "La jurisprudence prévoit la possibilité de passer outre la saisine des autorités d’un Etat-membre quand l’on sait d’avance que l’on n’aura pas gain de cause."

Philippe Moureaux ne se défilera pas

Me Samia Maktouf voudrait aussi que Philippe Moureaux, ancien bourgmestre de Molenbeek-Saint-Jean, d’où étaient originaires plusieurs des auteurs des attentats de Paris soit entendu par un juge d’instruction parisien en tant que témoin.

"Il ne pouvait pas ne pas savoir. Il ne pouvait pas ne pas alerter sur ce qui se passait dans sa commune" , relève l’avocate. Et de citer des extraits de l’ouvrage de Philippe Moureaux (La vérité sur Molenbeek, Ed. La Boîte à Pandore).

L’ex-bourgmestre y explique avoir recueilli des confidences de certaines personnes qui ont côtoyé de près ou de loin les futurs protagonistes des attentats de Paris.

Invité, comme l’avocate jeudi soir sur la chaîne française iTélé, M. Moureaux s’est dit "prêt à témoigner, je ne vais certainement pas me défausser" .

Me Maktouf défend une vingtaine de victimes et celles-ci ressentent très mal la démarche de M. Moureaux, qui fait la promotion de son livre en France. "Elles sont dans un désarroi total. Elles vivent très mal le fait que l’homme qui a été aux commandes de la ville de Molenbeek pendant vingt ans n’ait jamais eu un mot pour les victimes."