Carette et Sassoye sont sans doute d'enragés extrémistes, mais ils ne sont pas stupides." Voilà comment on nous résumait, dans les milieux d'enquête, la situation à la sortie de prison de Pierre Carette, en 2003. Pas stupides et prudents, du moins pendant un certain temps. Ainsi, au moment où l'extrême gauche proterroriste européenne frémissait très discrètement d'une volonté de renouveau, singulièrement en Allemagne et aux Pays-Bas, les membres des CCC évitaient de répondre à tout contact potentiellement dangereux.

Certes, n'ayant ni renié, ni abandonné leur idéal, comme on le lira par ailleurs, ils ne rechignaient en revanche pas à prendre des positions extrêmes, à rejoindre des mouvements de soutien à l'extrême gauche, etc. Mais de filière terroriste, point.

Il n'empêche : les "services" n'avaient jamais baissé la garde. Ils se souvenaient trop bien que, le 10 avril 1997, alors que les CCC dormaient soi-disant tous en prison pour quelques années encore - et cela depuis 1985 -, ils avaient fait une découverte stupéfiante, dans un garage de la rue Beeckman, à Uccle.

Les explosifs d'Uccle

Le propriétaire de ce dernier, qui avait régulièrement perçu le loyer pendant rien moins que dix ans, ne l'avait soudain plus reçu d'un locataire resté inconnu. Et l'avait alors ouvert de force. Aussitôt, il avait appelé la police car il venait d'y découvrir cinq fusils d'assaut "FAL" ainsi que 28,5 kilos d'explosif. Certes, celui-ci était en fort mauvais état. Mais il fut facile de l'identifier comme faisant partie d'un stock de 800 kilos volé à la carrière d'Ecaussinnes, en juin 1984. Un "coup" des CCC et d'Action directe (France), dont la Rote Armee Fraktion avait aussi bénéficié... Quant aux "FAL", ils provenaient - peut-être pas tous, c'est incertain - d'un sanglant hold-up commis en mai 1984 à la caserne de Vielsalm.

Inquiétant ? Assurément, l'Allemagne signalant de surcroît aux autorités belges, en mars 1998, que l'une des armes avait pu servir dans l'assassinat à connotation terroriste d'un industriel allemand, Detlev Rohwedder, abattu le 1er avril 1991 à Düsseldorf. Rien d'étonnant à ce que les autorités soient restées attentives. Quitte à ce que, cette fois, elles aient dû se tourner vers la péninsule italienne...