Les Amis de Sainte-Catherine, en lançant une vaste opération de sensibilisation de l’opinion lors de la fermeture annoncée puis exécutée de l’église du "Vismet" à Bruxelles, ont eu le mérite de lancer un débat un peu bloqué autour de la destination future de nombre de lieux du culte catholique. Mais, fort déçus, ils ne manquèrent pas, au passage, d’égratigner le mutisme des autorités ecclésiales, le "sale boulot" ayant dû être accompli par le doyen de Bruxelles, Claude Castiau. L’évêque de la capitale, Mgr Jean Kockerols, n’a pas pour rien un esprit de marin : il peut garder un cap et aussi s’en expliquer. C’est ce qu’il vient de faire avec le rédacteur en chef des Médias cathos, Jean-Jacques Durré.

"Même si on voyait se profiler cette problématique depuis des années, la désacralisation d’églises est une question neuve pour tous les acteurs" , explique l’évêque, qui dit comprendre la souffrance pour les paroissiens confrontés à une fermeture totale ou partielle mais ajoute qu’elle fait aussi "souffrir les autorités de l’Eglise, ce qu’on oublie parfois".

Mais pourquoi fermer des églises ? Pour Jean Kockerols, "la baisse de la pratique religieuse est un argument, mais il n’est ni primordial ni unique" . En effet, chaque cas est particulier, ce qui rend impossible des solutions "standardisées". "Une autre cause de la désacralisation vient du fait que l’on n’est plus dans une civilisation où l’Eglise est dominante . Le patrimoine immobilier religieux, enfin, a été pensé dans une autre ère."

Toutefois, poursuit l’évêque, "les églises ne sont pour autant devenues inutiles ; ce sont toujours des lieux symboliques forts qui doivent être préservés" . Pour Jean Kockerols, "la question fondamentale est d’avoir une vision d’Eglise. Que veut-on y vivre ? Les communautés doivent être signifiantes et porter un projet" . Bref, c’est donc une question avant tout pastorale pour laquelle il n’y a pas de solution unique. A titre personnel, Mgr Kockerols est favorable à "la conservation d’un lieu symbolique fort avec, quand c’est possible, le maintien d’un lieu de prière, avec seulement une désacralisation partielle. A défaut, nous optons pour une affectation profane qui ne soit pas inconvenante. Ce qui nécessite un dialogue avec les pouvoirs publics pour avancer dans les dossiers" . L’évêque de Bruxelles plaide pour "une Eglise proactive qui fait des propositions. Ce dialogue doit se faire avec les autorités publiques, qui ont des attentes et des idées". L’évêque de Bruxelles devient alors très clair, notamment à l’égard des contestataires de Sainte-Catherine : "Une stratégie réactive est perdante. Attendre en pensant que l’on reviendra à une situation qu’on a connue dans le passé, c’est manquer de réalisme". Revenant sur l’affaire de Sainte-Catherine, Mgr Kockerols reconnaît que "la désacralisation est douloureuse pour tous. Car dans ces dossiers, il y a aura toujours des conflits parce qu’il y a un aspect émotionnel fort. On a des souvenirs liés à l’église, des gens qui ont consacré du temps comme bénévoles au service du culte, des donateurs qui ont contribué à l’entretien, etc. Ce n’est pas facile et il faut donc privilégier le dialogue avec tous ceux qui sont concernés en laissant du temps pour permettre de décanter les choses".

Voir notre Riposte en pages 50-51