Belgique

Dans sept mois, jour pour jour, le cardinal Danneels atteindra le cap fatidique de 75 ans. En principe, l'heure de la retraite sonnera pour l'archevêque de Malines-Bruxelles. A moins que, faute d'avoir déniché le successeur idéal qui fasse consensus, Rome ne lui demande de rempiler quelques mois ou années. Le mouvement Eglise-Wallonie, né au début des années 80 et qui vise à un meilleur ancrage ecclésial dans sa région, profite de ce changement annoncé pour relancer le débat sur la création d'un diocèse brabançon wallon à part entière. Et se demande dans la foulée si, à l'aune du grand débat belgo-belge actuel, il ne faudrait pas créer deux archidiocèses qui correspondraient mieux à l'évolution institutionnelle.

Une opposition radicale du cardinal

Si la question réémerge, c'est précisément parce qu'elle a été considérée comme nulle et non avenue depuis 28 ans par le principal intéressé, le cardinal Danneels qui s'est toujours dit opposé à ce que l'on scinde Malines-Bruxelles selon les réalités politiques nouvelles. L'archidiocèse regroupe donc toujours les deux Brabant et Bruxelles organisés comme des vicariats généraux avec des évêques auxiliaires.

"Il y a quarante ans, lors de la création du diocèse de Hasselt, le ministre de la Justice, Pierre Wigny, avait pourtant annoncé que, si l'Etat belge modifiait ses limites internes, le Saint-Siège changerait immédiatement de la même façon les circonscriptions diocésaines. A l'époque, les instances nouvelles issues du concile mais aussi toutes les forces vives catholiques s'en étaient ouvertes au nonce d'alors, Mgr Cardinale. Une demande restée sans suite à ce jour, mais, devant les mutations récentes dues à la sécularisation, l'Eglise universelle prône plus que jamais des épiscopats de proximité. La France, par exemple, comptera autant d'archevêchés que de régions" , commentent Jean Humblet et l'abbé René Dardenne, porte-parole d'Eglise-Wallonie (qui a aussi absorbé Prêtres-Wallonie) qui estime que l'heure est venue de faire concorder les réalités ecclésiales et politico-civiles. D'où l'idée de scinder l'archidiocèse avec une formule de double statut pour l'Eglise de Bruxelles.

"Lorsqu'on n'a plus nommé qu'un évêque pour Bruxelles, il y a eu pour le moins une grande désinvolture; à moins que ce n'était du mépris...", poursuit Jean Humblet qui constate que la configuration actuelle est anachronique : "17 pc des frais de fabrique de cathédrale de Bruxelles et de Malines nous sont imputés en Brabant wallon alors qu'il s'agit de régions différentes. En même temps, les adversaires de diocèses brabançons nous disent que l'on ne pourrait pas les financer. Surprenant non, pour des régions qui sont en pointe ?"

Mais Eglise-Wallonie constate aussi que la situation actuelle va à l'encontre des règles les plus élémentaires du management : "On ne sait plus qui commande. Le cardinal, l'évêque auxiliaire, le vicaire semblent à tour de rôle tenir le gouvernail. C'est aussi une catastrophe sur le plan pastoral. Voilà pourquoi le moment est venu de réfléchir sérieusement à des (archi-) diocèses plus proches des réalités des fidèles." Un sentiment largement partagé du côté flamand. Où l'on se demande déjà si le successeur de Mgr Danneels ne sera pas trop... francophone. Ah, ce syndrome de BHV.