Plusieurs associations de défense des droits de l'homme ont essayé, ce vendredi, de s'opposer à l'expulsion de deux ressortissants soudanais vers Khartoum. Ces migrants fontt partie de ceux qui ont été "identifiés" par une délégation de membres du ministère soudanais de l'Intérieur invités il y a quinze jours par le gouvernement belge à visiter les centres de rétention dans lesquels ces migrants, qui n'ont pas introduit de demande d'asile dans notre pays, ont été placés. Cette expulsion, prévue pour 15h55, vendredi après-midi, a été empêchée en toute dernière minute par une requête en extrême urgence déposée devant le Conseil du contentieux des étrangers par l'avocate du Soudanais. Cette requête a un effet suspensif automatique. Ayant appris son dépôt, l'Office des étrangers a décidé de surseoir à l'expulsion.

Theo Francken agit en bandit, dénonce la Ligue

D’autres expulsions seraient toutefois programmées samedi et dans les jours à venir, et ce au mépris des droits humains et des obligations internationales de la Belgique, dénoncent, notamment, le CIRÉ, la Ligue des Droits de l’Homme et Amnesty International. Me Selma Benkhelifa, l'avocate des deux Soudanais, originaires du Darfour, estime qu'il est possible que des expulsions aient déjà eu lieu vers le Soudan sans que personne en ait été informé.

"On a parlé d'expulsions le week-end passé, mais tout se fait tellement en cachette que c'est difficile de savoir ce qu'il en est", ajoute Alexis Deswaef, président de la Ligue des Droits de l'Homme. "Comme Theo Francken (NDLR: secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration) se bien compte qu'en le faisant, il viole la Convention européenne des Droits de l'Homme, agit comme un "bandit", en cachette. Il sait que ce qu'il fait est illégal. Qu'un secrétaire d'Etat puisse s'abaisser à faire cela pour son projet politique de nettoyer Bruxelles plutôt que de s'attaquer aux problèmes de fond est lamentable et il est inimaginable que le MR et l'Open VLD laissent faire et collaborent avec ce parti", a déclaré Me Deswaef.

Selon ces associations, les personnes expulsées vers le Soudan risquent d’y subir des "sévices extrêmes". C’est aussi ce qu'a dit la semaine passée le Conseil du Contentieux des Étrangers, lequel, en chambres réunies, a suspendu une mesure d’expulsion prise à l’encontre d’un Soudanais qui n’avait pas introduit de demande d’asile. D’après la juridiction, qui s'appuyait, sur une jurisprudence constante de la Cour européenne des droits de l’Homme, "il y a lieu d’examiner les conséquences prévisibles de l’éloignement (…) [au Soudan], compte tenu de la situation générale qui y prévaut et des circonstances propres au cas de la partie requérante". Dans ce cadre, l’État belge a l’obligation de tenir compte notamment de "la situation générale dans un pays", poursuivait le Conseil. Lequel précisait que l' État ne peut envisager un éloignement sans s’être assuré que le ressortissant soudanais ne sera pas exposé à un risque de torture ou de traitements inhumains ou dégradants, contraires à l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH).

"Le sort des ressortissants soudanais expulsés est notoire, comme l’indiquent les nombreux témoignages disponibles. Pourtant, au mépris de leurs obligations internationales, des engagements de la Belgique par rapport à la Convention de Genève et de la CEDH, les autorités belges persistent à vouloir expulser les Soudanais vers une dictature où ils seront soumis à un risque de torture, voire de peine de mort", s'insurgent les associations. Qui demandent la suspension immédiate des expulsions.