Carlo Di Antonio (CDH) a pris le train en marche. Successeur de Benoît Lutgen comme ministre wallon en charge des Travaux publics, de l’Agriculture, de la Ruralité, de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine, il a vite trouvé ses marques. Bosseur et discret, le bourgmestre empêché de Dour va aux élections avec des accents résolument offensifs.

Lorsque vous avez été nommé ministre, certains disaient que vous n’étiez pas très chaud. Vous regrettez ?

Je n’étais pas candidat, j’aime beaucoup ma fonction de bourgmestre. Après une semaine, je me suis rendu compte que c’était une fonction où on prenait des décisions et où on agissait. Et puis mon bourgmestre faisant fonction est excellent.

Vous êtes rentré dans un gouvernement où l’ambiance était si détestable que ça ?

C’est l’image qu’on en a toujours donné mais en interne, on a de bonnes séances de gouvernement. Il nous arrive aussi d’aller boire un verre ensemble. Humainement, tout va bien. La DPR (Déclaration de politique régionale, NdlR) a été écrite en quelques jours et quand il faut porter cela quelques années après, il peut y avoir différentes interprétations.

Si on prend le dossier du petit éolien, on a dit que vous faisiez un projet qui plombait le décret de Philippe Henry .

Je veux bien accepter une erreur de communication, quand je suis sur une radio un matin. On me demande si c’est un plan alternatif et je dis que c’est une alternative possible. On a considéré que mon plan voulait remplacer l’autre. Je pense qu’on ne se passera pas du petit éolien pour atteindre nos 20 % d’énergie renouvelable. On peut atteindre l’objectif avec du petit éolien. C’est notre choix au CDH. Si nous sommes autour de la table, nous allons le privilégier. On doit relâcher la pression sur les paysages de Wallonie.

Si vous discutez avec Ecolo, il y aura alors un problème ?

Ou pas ? Ecolo devra nous expliquer comment ils vont mettre en œuvre le grand éolien avec une telle opposition de base. Est-ce qu’on doit forcer ? Je ne crois pas qu’on obtiendra un résultat ainsi.

Les milieux de protection de la nature se sentent parfois un peu délaissés au profit des chasseurs et des agriculteurs.

Ce qui a mis ces milieux de mauvaise humeur, c’est que j’ai estimé qu’il fallait réguler certains prédateurs. Les sangliers, on peut en tuer autant qu’on veut, personne ne s’y opposera, par contre, les blaireaux, il ne faut pas y toucher ! Pour certains, on ne peut toucher à rien. J’ai mis en place une procédure qui permet de déroger au statut d’animal protégé lorsqu’il y a des dégâts.

Il est quand même admis que le blaireau sert parfois de bouc émissaire pour des dégâts causés par les sangliers.

Effectivement. Il y a des indemnisations rapides et attrayantes, donc certains font cela. Mais il y a des agriculteurs qui, de toute bonne foi, nous disent qu’il y a de réels dégâts liés au blaireau. On ne peut pas garder le statut d’espèce protégée de manière permanente et partout. Il faut un statut plus souple et adapté à l’évolution des populations.

Vous avez finalisé le plan routes. Pouvez-vous garantir au citoyen que le réseau sera encore en bon état dans 20 ans ?

Il restera encore des choses à faire mais il faudra continuer à avoir des moyens de manière structurelle pour maintenir le réseau en bon état. Pour moi, il faut y affecter les moyens de la vignette autoroutière. Il faudra par contre lancer des nouveaux plans routes pour le réseau régional secondaire et pour le réseau communal. Il faut donc des moyens pour que dans 5 à 6 ans on retrouve un réseau présentable. La vignette et le prélèvement kilométrique sur les camions donnent suffisamment de moyens pour poursuivre les travaux au rythme actuel. Je pense qu’un plan routes à 120 millions d’euros par an est suffisant.

Le CDH n’est pas en forme au niveau des sondages. Vous voyez ça comment ?

D’abord, on a l’habitude avec les mauvais sondages. On l’a encore vu pour les communales. On nous donnait presque en voie de disparition et on a plus de bourgmestres qu’avant….

Exister derrière les clivages PS-MR et PS-N-VA,, c’est facile ?

Ce qu’il faut dénoncer, c’est l’illusion donnée par le MR d’une opposition avec le PS alors qu’ils gèrent ensemble au fédéral depuis longtemps. C’est un jeu de campagne. Le piège pour nous, c’est le débat gauche-droite. Alors qu’il y a plein de débats qui ne sont ni de gauche ni de droite. La sécurité routière, c’est de gauche ou de droite ?

Paul Magnette est favorable à la reconduction de l’Olivier. Vous aussi ?

C’est une formule possible.

Le MR est-il indésirable ?

Sur une série de dossiers, notamment liés au budget, la position du MR n’a pas été correcte. Ces choses étaient connues. C’est juste la méthode de calcul qui a changé. Ils ont fait croire à la population que tout à coup la Wallonie était deux fois plus endettée. Personne n’est indésirable, les jeux sont ouverts. Voyons les élections.

Et vous le 25 mai, vous serez député ou bourgmestre ?

Député. J’ai un excellent bourgmestre faisant fonction. Mais il n’est pas exclu que je puisse cumuler.

Le décret décumul, c’est une bonne chose ?

Je crois que c’est une réforme qui devra être corrigée. Je crains que les bourgmestres des grandes villes soient tous en position pour cumuler et que ceux des villages ne le soient plus. Alors il faudra m’expliquer quelle est la logique, pour un bourgmestre qui a déjà 100 000 habitants à gérer, de cumuler avec une fonction de député. Moi, je suis favorable à un décumul total ou à une logique du type européen. Si on veut être député, on ne peut pas être bourgmestre d’une ville de plus de 15 000 habitants par exemple. Il reste dérangeant que cette règle ne soit pas appliquée par les autres niveaux de pouvoir.