Charles Delhez est curé de paroisse et rédac-chef du journal "Dimanche", mais aussi sociologue. Son regard sur le baromètre est donc avisé. "La dimension religieuse reste importante dans notre société. 59 pc des Belges francophones estiment l'existence de Dieu au moins probable, 74 pc croient qu'il y a quelque chose au-delà de la mort, 50 pc prient au moins de temps en temps, 75 pc estiment plutôt ou très important que les enfants reçoivent une éducation philosophique et religieuse et 53 pc estiment très ou plutôt important d'éveiller leurs enfants ou petits-enfants à leur propre foi. Dieu n'est donc pas mort même s'il est quelque peu malade. Il se situe plus dans le registre du doute que de la certitude. Reste que nombreux sont encore ceux qui veulent transmettre leur foi à la génération suivante et qui estiment que l'éducation philosophique et religieuse est importante."

Autre constat important : on assiste à une privatisation de la transmission.

"La tendance se confirme, poursuit le P. Delhez, sj. Le parcours est de plus en plus individuel, surtout du côté chrétien mais l'attente demeure importante vis-à-vis des communautés. Mais qui transmettra puisque chacun se contente de consommer de manière privée ? On cherche des témoins, mais on ne cherche pas à l'être. La réalité pastorale confirme cette question : on ne recrute plus les "permanents du spectacle". Il n'y a plus que des "intermittents".

"Minorité prophétique"

Si Charles Delhez constate "que la pratique religieuse est de l'ordre d'une fois par mois chez les croyants pratiquants, la laïcité organisée ne fait pas le plein : son nombre d'adhérents est seulement de 0,8 pc". La crise religieuse est d'abord institutionnelle : "Ce sont des institutions que les gens quittent, plus que des croyances qui demeurent nombreuses et un peu folles."

Commentant la percée de l'islam, il constate que "cette religion correspond moins à l'éthique et à l'humanisme mis en place dans la modernité occidentale. Je ne serais pas heureux que les racines chrétiennes de l'Europe disparaissent. Il y a un réel risque de perdre la mémoire de notre culture. Si ça se confirme, nous risquons de voir se transformer petit à petit l'ADN de notre vieux continent. Il faut donc un sursaut. La présence croissante de l'islam peut produire une certaine émulation. Les chrétiens sont devenus une minorité, mais encore significative (46 pc). Encore faut-il qu'elle soit signifiante. Jacques Maritain parlait d'une minorité de choc prophéti que". Le P. Delhez ose croire que "son" Eglise réagira : "L'Eglise institutionnelle doit veiller à l'unité, au respect, à l'interfécondation de ses communautés plutôt que d'être rigide ou d'imposer un modèle. Je craindrais une centralisation trop grande. On peut plaider pour un oecuménisme interne avec l'expression des différentes sensibilités. En fait, elle doit se garder de suivre la désinstitutionnalisation et éviter le communautarisme. Quant à la base, ce baromètre l'invite à se ressaisir et à passer d'un christianisme de consommation à une religion dans laquelle on s'investit davantage. Ensemble, car à terme l'invidua lisation est l a ruine de la démocratie mais aussi de la religion." Et la famille comme lieu de la transmission ? "Je vois son avenir avec une certaine inquiétude parce qu'elle est aussi emportée par cette vague. Or, l'école très pluraliste n'est plus outillée pour transmettre les valeurs fortes. L'idéal serait d'en arriver comme dans le Brabant wallon où il semble rester du temps pour la recherche de sens dans les familles. Mais elles y ont une certaine aisance culturelle et économique. Dans trop de fa milles, domine une certaine souffrance et une grande carence sur le plan religieux."