La ministre de l'Education, Joëlle Milquet, a essuyé mercredi les critiques de l'opposition, mais aussi de son partenaire de majorité socialiste, pour la manière dont elle a décidé de sonder les parents de l'enseignement officiel sur leur volonté d'user ou non de la possibilité offerte par le récent arrêt de la Cour constitutionnelle de dispenser leur enfant des cours de morale ou de religions à la rentrée de septembre. Dans un arrêt rendu le 12 mars dernier, la haute juridiction jugeait contraire au respect de la vie privée l'obligation faite jusqu'ici aux parents de l'enseignement officiel de devoir choisir pour leur enfant entre un cours de religions ou de morale, sans abstention possible, les contraignant ainsi à afficher ouvertement leurs convictions personnelles.

Dès septembre prochain, le suivi des cours de morale et de religions dans l'enseignement officiel sera en conséquence facultatif, ce qui pose pas mal de problèmes d'organisation dans ces établissements où il faudra néanmoins occuper les élèves dispensés.

Afin de mesurer et anticiper au mieux ces besoins, la ministre de l'Education a décidé il a quelques semaines d'envoyer une circulaire dans les écoles afin qu'elles sondent les parents sur leur préférence. Les réponses sont attendues pour le 8 mai au plus tard.

Mercredi, à l'occasion d'un débat sur cette question au Parlement de la Fédération, les modalités pratiques de ce sondage ont toutefois été dénoncées par l'opposition, mais aussi plus singulièrement par le PS, partenaire de majorité.

"J'ai ainsi le sentiment que ce questionnaire laisse croire que la dispense sera un appel dans le vide, que rien ne sera mis en place pour les élèves. Pire, qu'ils seront livrés à eux-mêmes", a notamment déploré la députée socialiste Caroline Désir.

"Vous présentez un non-choix aux parents. Vous fermez le jeu!", a enchéri Barbara Trachte (Ecolo).

Pour Philippe Knaepen (MR) également, ce manque de clarté dans l'alternative offerte en cas de dispense ne manquera pas de dissuader nombre de parents d'opter pour cette voie. D'aucuns y voient même une stratégie délibérée de la ministre cdH.

"Absurde", a répliqué Mme Milquet. "Il n'y a pas d'agenda caché. J'ai au contraire la volonté de dépasser les clivages (philosophiques)", a-t-elle assuré.

Pour la ministre, il n'est pas question de "laisser ces élèves (dispensés) dans des réfectoires à ne rien faire".

"Mais on n'a pas de PhD qui vont venir leur expliquer la philosophie kantienne. Les trouver en cinq mois, ce n'est pas possible!"

La ministre entend néanmoins trouver avec les écoles des activités avec "un vrai sens, de vraies matières" pour ces élèves.

"Le plus grand problème, c'est l'organisation des écoles. (...) Et il faudra trouver des solutions dans des enveloppes budgétaires qui ne vont pas augmenter", a-t-elle toutefois reconnu.