Le 31 juillet 1993, le cœur du roi Baudouin s’est arrêté de battre dans sa résidence d’été à Motril, en Espagne. L’incroyable nouvelle se répand peu à peu au cœur de cette nuit chaude. Le lendemain matin, les Belges se réveillent orphelins, meurtris, blessés. D’une infinie tristesse. Indicible. Flamands, Wallons, Bruxellois, unis dans cet immense chagrin, disent, crient leur douleur. Ils ont perdu un père, un guide, une référence, un modèle, un exemple.

La dépouille du Roi rentre d’Espagne. Désormais, pour quelques jours, il reposera au Palais de Bruxelles. Les files s’allongent. Par centaines, puis par milliers, les Belges convergent vers Bruxelles, afin de pouvoir rendre un dernier hommage à ce Roi aimé, admiré, respecté. De l’aube claire jusqu’à la fin du jour, les Belges, sous un soleil de plomb, viennent, une dernière fois, s’incliner, lui dire, tout bas, merci.

De l’autre côté du parc royal, dans les cabinets du Premier ministre et du ministre des Finances, l’ambiance est studieuse. Les membres du gouvernement s’affairent à préparer les funérailles et à régler la succession. Pas simple. Trois ou quatre jours après le décès du roi Baudouin, le cabinet du ministre des Finances de l’époque, Philippe Maystadt (PSC) reçoit une demande d’entrevue de la part du Palais. Le rendez-vous ne peut attendre. Normal : il faut régler les détails financiers de la succession et déterminer la liste civile du prochain roi.

La rencontre met en présence deux représentants du Palais et des membres du cabinet du ministre des Finances.

La première demande concerne la liste civile du nouveau roi. Les représentants du Palais suggèrent que les montants attribués au futur monarque soient identiques à ceux du défunt, moyennant indexation. Normal. La deuxième demande, formulée abruptement selon les témoins de l’époque, surprend. Ils demandent que soit attribuée à la veuve du Roi une dotation. Normal aussi. Mais un chiffre est écrit sur un papier : 50 millions de francs belges. Le chiffre, à l’époque, paraît, exorbitant. Les Finances s’étonnent et demandent des explications : la Reine, explique-t-on, entend conserver sa "Maison" - c’est-à-dire son personnel. Et il est évident que son secrétariat aura un travail de titan à accomplir pour répondre aux dizaines de milliers de lettres que la Reine recevra. Mais après ? Face aux hésitations ministérielles, l’un des deux conseillers du Palais dit alors, désignant d’un geste la foule qui se presse au loin, aux portes du Palais : " De toute façon, dans les circonstances actuelles, vous n’oserez pas vous y opposer "

En effet. Le gouvernement acceptera le montant inscrit sur ce bout de papier et la somme sera alors reproduite dans un projet de loi.

Au fait, comment ce montant avait-il été fixé ? D’après certaines sources, le Palais avait tout simplement recherché le montant de la dotation attribuée à l’époque à la veuve du roi Albert Ier, la reine Elisabeth. Et la somme avait tout simplement été indexée.

Aujourd’hui, la dotation attribuée à la reine Fabiola se chiffre à 1 442 000 euros. D’aucuns s’étonnent de ce chiffre et de cette confidence qui confirme les dires de la Reine : la fondation est alimentée par ses seuls biens privés car la dotation est intégralement dépensée. Soit 120 000 euros chaque mois.

A quoi donc sert cette dotation ? Un proche confirme : même après la mort de Baudouin, la Reine a souhaité conserver une véritable "Maison". Il y a toujours un personnel assez important auquel Fabiola consacre les 2/3 de sa dotation, soit 80 000 euros par mois. La Reine dispose toujours d’un secrétariat très actif, d’un personnel étoffé car elle reçoit à déjeuner et à dîner. De plus, si le château du Stuyvenberg, où elle réside, a été rénové avant son installation, elle doit supporter les frais de chauffage. Selon les précisions apportées il y a quelques années, les dépenses de la dotation seraient ainsi réparties : personnel (66 %), entretien (12,5 %), activités (5,5 %), parc automobile (4,5 %), chauffage, électricité (2,6 %), administration (1,6 %), ménage (1,6 %) et divers pour le solde.

Quoi qu’il en soit, nombreux sont ceux qui attendent que la Reine pose un geste et propose elle-même de réduire sa dotation. " Ce qui est acquis, est acquis, mais à l’avenir elle pourrait sans doute se contenter de moins " , dit un homme politique bien en Cour. D’autres sont plus fermes : il serait normal que sa dotation ne dépasse pas celle du prince héritier (922 000 euros par an) dont les activités sont certainement plus nombreuses et plus chargées.