Pour lutter contre les drogues illégales, l’alcool, les médicaments psychoactifs et le tabac, la Belgique a dépensé en 2008 un peu plus de 975 millions d’euros, soit environ 91 euros par Belge en moyenne.

Au-delà de ces chiffres, le budget en matière de drogues permet surtout de montrer de quelle façon l’argent public est dépensé pour lutter contre le phénomène. D’où l’intérêt de l’étude visant à comptabiliser les dépenses effectives des autorités publiques (niveau fédéral, Régions et, dans une très faible mesure, les villes et communes) directement liées à la drogue réalisée par le Département de droit pénal et criminologie de l’Université de Gand dans le cadre du Programme de recherches fédérales drogues.

Cette recherche se base uniquement sur le volet "dépenses publiques", sans intégrer les coût social des drogues (comme l’hospitalisation et les soins pour les malades atteints du cancer du poumon, les dépenses pour la criminalité liées aux drogues ), ni les dépenses privées en la matière. A cet égard, il s’agirait d’entreprendre une recherche de ce type pour préciser le coût économique et social du phénomène des drogues, recommande l’équipe gantoise.

Principal constat dressé par les chercheurs : dans le "cocktail" politique de mesures, le pilier de la prévention n’est responsable qu’à hauteur de 1,36 % des dépenses publiques liées aux drogues. S’agissant des drogues illégales, le budget consacré à la prévention a même reculé de 7 % entre 2004 et 2008.

"Malgré l’idée généralement acceptée qu’une politique en matière de drogue doive mettre l’accent sur la prévention", pointent les chercheurs gantois. Cela prouve qu’il faut investir massivement dans le secteur de la prévention, en particulier pour les médicaments psychoactifs et l’alcool, ajoutent-ils.

Deuxième constat : 57 % du budget public lié à la politique des drogues sont consacrés à l’hospitalisation des personnes dépendantes à l’alcool. A l’inverse, (très) peu de moyens sont destinés à l’assistance aux toxicomanes lors de leur détention. Ce point mérite pourtant qu’on y prête une attention accrue, étant donné que plus d’un tiers des détenus (36 %) ont consommé de la drogue en prison en 2008, indique l’étude.

Troisième conclusion : la réduction des risques (testing des pilules, échange des seringues ) fait l’objet d’un sous-financement structurel, "malgré son efficacité prouvée".

Enfin - et ce n’est guère une surprise - on observe une augmentation des dépenses de 30,62 % dans le pilier de la sécurité (soit le coût de l’action policière et judiciaire). Il s’agit de la conséquence de deux facteurs : une augmentation des dépenses générales et du nombre de faits enregistrés, analysent les chercheurs. Ce pilier est essentiellement composé de dépenses publiques pour la détection (70 %) par la police. Ainsi, entre 2004 et 2008, la banque de données nationale générale a enregistré 21 % de faits "liés aux stupéfiants" en plus. Les chiffres démontrent que la mise en œuvre de la police pour toutes les infractions relatives aux drogues a augmenté, les plus fortes croissances ayant cependant trait aux infractions relatives à la fabrication et à l’importation/exportation de drogues illégales.

Les dépenses au niveau des poursuites (des délinquants) et de la fixation des peines ont aussi augmenté : entre 2004 et 2008, l’afflux de dossiers liés aux drogues (et au dopage) a crû de 19 % dans les parquets. On a par ailleurs enregistré 26 % de condamnations liées aux stupéfiants en 2008.

Reste qu’il n’existe pas assez de transparence dans les flux de subventions, estime l’équipe de chercheurs gantois. Des organisations bénéficient de subventions de différentes autorités ou par la même autorité mais via différents canaux, postes budgétaires ou départements. Il faudrait arriver à des flux financiers univoques, pour que toutes les parties aient une vision claire du financement du secteur des drogues, recommandent les chercheurs gantois.

En plus, une grande part des dépenses liées à la prévention et à la réduction des risques dépend du financement de projets. Difficile, du coup, pour certaines associations de garantir une continuité ou d’établir un planning, ce qui handicape forcément l’efficacité des projets. L’étude souligne donc la nécessité d’un soutien structurel pour une politique durable.