Après la «Jemepienne» il y a environ 15 jours («La Libre» du 7/06), la société de logements sociaux du Plateau, située à Ans, commune dont Michel Daerden est bourgmestre en titre, est actuellement l'objet d'un audit externe approfondi de son management commandé par la Société wallonne du logement (SWL). La démarche fait suite à une première analyse de la coopérative qui gère 1 682 habitations sociales. Le résumé des risques épinglés par le premier réviseur externe - dont nous avons eu connaissance - révèle une gestion peu transparente et peu objective: pas de dossier présenté par les administrateurs à l'assemblée générale permettant aux coopérateurs d'évaluer leurs compétences et leur degré d'indépendance, augmentation des rémunérations des administrateurs (surtout du président), confusion dans les rôles des comités restreints par rapport au conseil d'administration, rémunération des participants aux comités restreints non transparente, pas d'évaluation annuelle conformément au code wallon du logement, etc.

D'après le réviseur Francis Wilmet, même si les changements dans la rémunération des administrateurs «ont été actés par l'assemblée générale, ils ne trouvent pas de justifications objectives liées à la fonction exercée dans la société de logements».

Par ailleurs, rien n'est prévu pour éviter les conflits d'intérêts et le conseil d'administration présidé par Henri Huygen ne dispose pas de règlement d'ordre intérieur.

Daerden Jr et son oncle

Le résumé des travaux de «scanning» relève également le lien de parenté qui existe entre un administrateur, en l'occurrence son vice-président, et le commissaire réviseur de la société du Plateau. En effet, les comptes de la coopérative ansoise sont audités par DC&Co, l'ancien cabinet de réviseurs d'entreprises du ministre wallon Michel Daerden (PS), aujourd'hui piloté par son fils Frédéric Daerden (PS), bourgmestre de Herstal et député wallon. Or le vice-président de la société de logements du Plateau n'est autre que Jean-Louis Daerden, frère du ministre wallon et président du CPAS d'Ans.

Au siège de la société, on se refuse à tout commentaire, mais l'audit suscite un certain embarras. Le président Henri Huygen invoque le respect de la confidentialité et attend d'avoir les éléments du premier audit et la fin du second pour réagir. Mais il précise que toutes les accusations «finiront par se dégonfler comme un ballon de baudruche». En attendant, la revue de l'organisation administrative et financière met en lumière des manquements importants: pas de justification des notes de restaurant; absence d'approbation des notes de frais du président, source de conflit potentiel avec la direction.

Par ailleurs, le président Huygen aurait financé (sur le compte de la coopérative?) des annonces (pour des permanences sociales) dans un toutes-boîtes n'ayant aucun rapport avec l'objet social de la société. Le premier expert indépendant envoyé par la «Wallonne du logement» note une absence de procédure pour les achats de matériel. «Toutes les commandes ne sont pas systématiquement signées par deux personnes. Le président rentre des achats lui-même», écrit l'expert Wilmet. Pour les défenseurs des dirigeants de la coopérative, la société de logements du Plateau est une petite structure de 6 personnes et le respect des procédures entraînerait une certaine lourdeur et ralentirait la prise des décisions. N'empêche qu'un minimum de transparence n'aurait fait de mal à personne. Au contraire. En ce qui concerne l'engagement de personnel, le constat du réviseur Wilmet est clair: «Absence de procédure claire, tout est à définir ad hoc par le conseil d'administration, ce qui n'est pas un gage d'une politique de gestion du personnel correcte, risque de clientélisme», conclut-il.

© La Libre Belgique 2006