Belgique

L’accompagnement des chômeurs au centre du débat. La FGTB wallonne veut sa suspension. La CSC, sa réforme. Et le PS demande que le sujet soit à tout le moins débattu. Resté silencieux jusqu’à présent, André Antoine (CDH), ministre wallon de l’Emploi, sort du bois. Il veut sortir du "stop ou encore". Il soutient le contrôle de disponibilité des chômeurs. Mais suggère de lui apporter quelques modifications. Dont l’offre d’un travail de proximité aux demandeurs d’emploi risquant une sanction imminente. Entretien.

Le PS demande le réexamen du dispositif. Vous êtes ministre wallon de l’Emploi. Vous en pensez quoi ?

Je rappelle d’abord que le plan d’accompagnement des chômeurs a été pris en 2004 par un gouvernement dans lequel nous n’étions pas. Il est un peu curieux de voir aujourd’hui certains hommes politiques demander des abandons d’un processus qu’ils avaient eux-mêmes négocié. Cela dit, le dispositif présente un certain nombre d’atouts qu’il faut maintenir.

Lesquels ?

On a un peu oublié que le plan d’accompagnement des chômeurs remplace l’article 80, qui excluait de façon automatique les demandeurs d’emploi cohabitants dès que leur temps au chômage dépassait d’une fois et demie la durée moyenne du chômage dans leur région. Ces sanctions étaient aveugles. Attention. Si on supprime le plan d’accompagnement des chômeurs, certains pourraient réclamer le retour de ce genre de dispositions. Voire contester le caractère illimité de l’octroi des allocations de chômage. Les pays qui nous entourent ont tous organisé une limite dans le temps du chômage : entre 4 et 36 mois en France, maximum 24 mois en Allemagne, jusqu’à 38 mois aux Pays-Bas, 12 mois en Italie, 24 mois et l’Espagne, 6 mois en Grande-Bretagne et 48 mois au Danemark. On peut s’enorgueillir de notre système d’indemnisation du chômage. Mais cela implique la disponibilité au travail.

Les résultats du plan sont positifs ?

Oui. En 2003, avant l’adoption du plan d’accompagnement donc, il y a eu 71 415 contacts entre un chômeur et un conseiller du Forem. En 2009, on en a recensé 110 188. Une hausse de 50 %. Le plan d’accompagnement a aussi stimulé l’appétit de formation. On est passé de 2,8 % des chômeurs qui suivaient une formation en 2003 à 5,8 % en 2009. Enfin, on est passé de 13,6 des chômeurs inscrits au Forem qui trouvent de l’emploi à 21,8 %.

Mais maintenant, avec la crise, il n’y a plus d’emplois…

Ce n’est pas tout à fait vrai. L’année passée, le Forem a géré 115 997 offres d’emploi en 2009.

Certaines sanctions paraissent quand même un peu brutales, bureaucratiques. Faut-il alors rester sourds aux critiques ?

Il y a un principe : on ne sanctionne pas les chômeurs qui ne trouvent pas de travail, on sanctionne ceux qui n’en cherchent pas. Ce qu’il faudrait sans doute, c’est mieux définir ce qu’on entend par recherche d’un travail. Des consignes plus claires doivent être définies et données aux facilitateurs de l’Onem.

Souhaitez-vous d’autres changements ?

Oui. Au niveau fédéral. Mais aussi au niveau régional.

Lesquels ?

A mon sens, un accompagnement spécifique devrait être prévu pour les demandeurs d’emploi les plus éloignés du marché du travail. Pour ceux-là, il faudrait assouplir la réglementation et la façon dont on applique la sanction.

Qui sont les chômeurs “éloignés” du marché du travail ?

Pour moi, ce sont ceux qui sont au chômage depuis très longtemps, ceux qui ont des handicaps sociaux physiques. Et puis je crois aussi qu’il faut tenir compte de la région dans laquelle vit le chômeur. On ne peut pas faire comme si la situation était la même à Perwez où le taux de chômage est à 8 % et dans certaines communes autour de Mons où on est parfois au-dessus de 30 %.

Et pour les autres chômeurs ? On maintient le dispositif tel quel ?

Je propose encore deux changements dans la législation fédérale. Un : on devrait suspendre pendant un certain temps - disons 28 mois - l’accompagnement des chômeurs qui ont fait l’objet de deux ou trois évaluations positives. Pour ceux-là, on peut avoir un a priori positif. Deux : je trouve qu’avant de suspendre complètement l’allocation de chômage, on devrait introduire un stade intermédiaire : la réduction de l’allocation.

Les CPAS se plaignent de voir de plus en plus de chômeurs sanctionnés se tourner vers eux. C’est lourd pour eux : ils doivent prendre en charge 50 % du revenu d’intégration. Que leur dites-vous ?

Les CPAS sont sous forte pression. C’est vrai. Je propose dès lors une alliance Fédéral-Régions-communes. Avec cette idée : ne peut-on pas faire en sorte que les chômeurs sur le point d’être sanctionnés puissent exercer une prestation d’intérêt collectif au profit des communes ? Quelques heures de travail tout au plus. Les Agences locales pour l’emploi (ALE) pourraient organiser ce dispositif. Cela ne les changerait pas beaucoup. Tout le monde y gagnerait. Le demandeur d’emploi retrouverait un contexte, une ambiance de travail. Et le CPAS serait soulagé : il ne devrait plus prendre en charge la moitié du revenu d’intégration, puisque le chômeur resterait dans une logique d’allocation de chômage organisée au fédéral. Les Régions pourraient venir en appui.

En cas de refus d’un travail d’intérêt collectif, ce serait la sanction ?

Oui. Puisque ce travail est la dernière carte avant la sanction.