Hormis les propos “à chaud” de quelques élus MR locaux, aucun homme politique d’envergure n’a pris position sur l’affaire Trullemans.

Non pas sur son cas particulier, mais bien à propos de la problématique globale que soulèvent les propos clairement condamnables qu’a relayés le météorologue sur sa page Facebook, à savoir la radicalisation des relations entre les Belges de souche et les musulmans.

Le député libéral Denis Ducarme souhaite tirer la sonnette d’alarme sur un dossier on ne peut plus sensible et, d’après lui, sous-traité par les formations politiques de gauche. Un entretien accordé à nos confrères de la Dernière Heure.

M. Ducarme, le fait que M. Trullemans ait choisi Mischaël Modrikamen pour avocat en dit-il long sur sa véritable façon de penser ?

“À ce sujet, je voudrais juste signaler que si, en tant qu’avocat, M. Modrikamen défend M. Trullemans, au titre de président du Parti populaire, M. Modrikamen dit que son modèle est Marine Le Pen. Tout est dit !”

Le licenciement de Luc Trullemans a suscité une vague de réactions de sympathie hors norme à l’égard du météorologue. Surpris ?

“La première chose que je tiens à dire, c’est que les déclarations de M. Trullemans – qu’il soit choqué ou non par ce qui lui est arrivé – constituent un amalgame islamophobe. Ces propos sont un mélange d’injure et de bêtise. Dire aux musulmans de rentrer dans leur pays alors que plus de 80 % d’entre eux sont de nationalité belge…”

Plus largement, les réactions tous azimuts sont-elles le reflet d’un réel malaise entre les différentes communautés vivant en Belgique ?

“Il est en effet interpellant de lire et d’entendre les réactions exacerbées d’une part non négligeable de l’opinion francophone, posant le constat d’un malaise grandissant en termes de cohésion sociale dans notre pays. Le monde politique, comme le monde académique, doit en prendre acte. Nous n’en sommes plus au temps de l’émergence du phénomène.”

Quel phénomène exactement ?

“Le racisme antibelge existe lui aussi, au même titre que l’islamophobie, que l’antisémitisme. Sale Bougnoule, Sale Juif, Sale petit Belge… Ces expressions sont toutes des insultes à l’humanisme et à l’intelligence.”

Vous entendez souvent : “Sale petit Belge” ?

“Le racisme ne doit pas se hiérarchiser. Faire l’impasse sur un ressenti concret de l’existence d’un racisme antibelge serait aussi grave que de faire l’impasse sur l’islamophobie ou antisémitisme. Si l’on ne pose pas un tel constat, on va se retrouver – à un moment ou un autre – devant une poussée de l’extrême droite en Belgique.”

Comment, justement, faire face à ce racisme antibelge ?

“Ce ressenti doit être objectivé par nos universités, par le Centre pour l’égalité des chances, etc. Nous avons aussi besoin des nécessaires prises de position des personnalités musulmanes qui s’impliquent devant le micro et combattent l’islamisme.”

Le monde politique est assez discret sur le sujet…

“C’est un fait. Quand on fait de la politique, s’exprimer sur des dossiers comme cela, c’est prendre un risque. Mais, en ce qui concerne le dossier de l’interculturalité, cette volonté d’équilibre des droits et devoirs pour chacun constitue une préoccupation première du MR aujourd’hui. Il y a plus de dix ans, mon père – Daniel Ducarme – dénonçait déjà l’échec de nos politiques d’intégration. Le MR est d’ailleurs la seule formation politique à avoir appelé à faire des efforts dans ce domaine.”

Pas le PS ni le CDH…

“Je constate que les partis de gauche continuent à jouer avec les allumettes du communautarisme alors que, dans certaines villes, nous sommes assis sur une bombe sociale. Au contraire du MR qui se distingue des autres partis de l’Olivier en matière d’intégration en ayant lancé l’appel à ne plus se voiler la face.”

Certains, tels que Charles Picqué au PS, sont pourtant proches de vos positions, notamment au sujet du parcours d’intégration…

“Peut-être. Sauf que les parcours d’intégration ne sont toujours pas en place ni en Wallonie ni à Bruxelles. Cela fait des années que les libéraux, et aujourd’hui Charles Michel, le demandent mais rien n’est encore concrétisé alors qu’en Flandre il y a un véritable consensus autour de cette question.”

Diverses études européennes montrent que les Belges font partie des peuples les plus xénophobes, racistes d’Europe…

“Il est un fait que, dans notre société européenne, le rapport à l’islam se tend de plus en plus. Un dossier comme les Belges djihadistes en Syrie ou les événements de Boston sont malheureusement des situations qui incitent – malgré eux – un certain nombre de non-musulmans à ne pas faire la différence entre un musulman et un islamiste. Mais le racisme n’est pas à sens unique. Il serait intéressant d’avoir des études dans l’autre sens. En tous les cas, le système de coalition à la belge n’a pas favorisé la mise en place de politiques proactives sur ce sujet. L’on a, pendant trop longtemps non pas ignoré, mais refusé de voir ces racismes. Il est temps de regarder ces racismes en face. On doit trouver des solutions politiques, de consensus, de dialogue. On ne peut plus ne pas réagir quant à la construction d’un islam de Belgique.”