Belgique

La justice a estimé vendredi que Marc Dutroux devait être renvoyé devant les assises mais, plus de six ans après les faits, elle a écarté la thèse selon laquelle Dutroux agissait pour un réseau pédophile bénéficiant de hautes protections.

Marc Dutroux, sa femme Michèle Martin et un troisième co-inculpé, Michel Lelièvre, doivent être jugés aux assises, a estimé dans une ordonnance rendue en présence des principaux protagonistes du dossier le président de la chambre du conseil du tribunal de Neufchâteau, Francis Moinet.

Marc Dutroux est accusé du rapt, de la séquestration et de la mort de Melissa Russo, de Julie Lejeune, et de deux adolescentes flamandes, An Marchal et Eefje Lambrecks, retrouvées mortes elles aussi en 1996 dans une autre de ses propriétés près de Charleroi.

Il est également poursuivi pour le viol de deux autres adolescentes, Sabine Dardenne et Laetitia Delhez, retrouvées vivantes dans une cave.

La décision de vendredi ne constitue pas encore la dernière étape de la procédure: elle doit encore être confirmée par la chambre des mises en accusation de Liège qui fixera aussi dans les prochains mois la date du procès. Celui-ci n’aura sans doute pas lieu avant fin 2003 ou le début de 2004.

L’épouse de Dutroux et Michel Lelièvre sont accusés d’avoir été les «auteurs ou co-auteurs » de certains des rapts.

La justice a en revanche écarté la thèse du réseau en prononçant un non-lieu à l’égard de l’ancien homme d’affaires Michel Nihoul, inculpé à l’origine pour enlèvement et séquestration d’enfant.

Lorsque l’affaire avait éclaté en 1996, ce personnage controversé avait été présenté comme un possible lien entre Dutroux et un réseau pédophile auquel aurait appartenu des hommes politiques et des magistrats haut-placés.

Une partie de l’opinion publique voyait dans les «protections » supposées de Nihoul les raisons de l’incroyable incapacité du système judiciaire belge à arrêter les agissements de Marc Dutroux, qui avait pourtant déjà été condamné dans des affaires de moeurs, et à sauver des petites filles dont les portraits étaient affichés partout en Belgique.

A l’issue de l’instruction, le procureur du roi avait estimé que Nihoul, qui a passé de nombreux coups de téléphone à Dutroux et lui a remis des pilules d’ecstasy au lendemain de l’enlèvement d’une des jeunes filles, faisait partie de la même «bande de malfaiteurs » et qu’il devait donc également comparaître devant un jury populaire.

Mais le président de la chambre du conseil n’a retenu vendredi contre lui que des charges liées à un trafic de drogue, renvoyant cette partie du dossier au parquet de Bruxelles.

«C’est la fin d’une longue souffrance », a déclaré Michel Nihoul à la sortie du tribunal de Neufchâteau.

Les neuf autres co-inculpés de Dutroux, dont des gendarmes accusés de négligences dans leurs enquêtes par les familles, ont eux aussi bénéficié d’un non-lieu.

Si la chambre des mises en accusation de Liège confirme cette décision, comme cela paraît vraisemblable, le procès Dutroux sera donc celui d’un «prédateur » et de sa bande de kidnappeurs.

«La Belgique devra faire avec la justice qu’elle a », a commenté à l’issue de l’audience Jean-Denis Lejeune, le père d’une des petites victimes de Dutroux.

Marc Dutroux était arrivée vendredi matin au palais de justice de Neufchâteau sous les insultes d’une cinquantaine de membres des «Comités blancs ». En octobre 1996, ces associations de citoyens nées au lendemain de l’éclatement de l’affaire Dutroux, avaient organisé la plus grande manifestation de l’histoire de Belgique, rassemblant quelque 350.000 personnes à Bruxelles.