La voie semble dégagée pour le projet de la 4e écluse de Lanaye. Selon nos informations, le gouvernement wallon s’est accordé sur un amendement visant à valider le permis de l’ouvrage par le Décret des autorisations régionales (Dar). L’amendement devrait être voté par le Parlement wallon le 20 juillet. Il faut dire que les délais commencent à se serrer pour la 4e écluse de 25 mètres de large (et 225 mètres de long) devant permettre de faire passer des convois de quatre barges poussées de 9 000 tonnes. Car il est temps qu’une décision intervienne pour permettre au projet de bénéficier encore des crédits européens (27 millions), wallons (85 millions) et de la part des Pays-Bas (8 millions). " C’est le pragmatisme qui a triomphé sur l’idéologie anti-Dar. Le goulot d’étranglement qu’est Lanaye va pouvoir être sauté et replacer la Wallonie sur la carte de la diffusion des marchandises ", nous a confié une source gouvernementale wallonne.

Mais l’amendement que vient d’introduire l’exécutif wallon, avec l’accord des vert qui font partie de la majorité gouvernementale régionale, passe mal chez les verts. En effet, leurs ministres (Philippe Henry et Jean-Marc Nollet) ont dû accepter de faire valider le projet de la 4e écluse de Lanaye, qui leur est très cher, par une procédure qui n’a jamais trouvé grâce aux yeux d’Ecolo. Et certains de leurs ténors auraient du mal à aller à l’encontre de leurs convictions concernant le Dar. " Tout le monde veut l’écluse de Lanaye, à commencer par nous, et je n’ai pas d’état d’âme pour voter l’amendement qui rendra le permis exécutoire. Mais je ne suis pas sûre que le Décret des autorisations régionales soit la meilleure façon de la sécuriser ", nous a confié Veronica Cremasco, députée wallonne Ecolo.

Il faut dire que le Dar est l’objet de recours, notamment auprès de la Cour constitutionnelle, pour les projets qu’il a ratifiés (allongement de la piste de Liège Airport, station d’épuration du Hain, projet Fedex à La Hulpe, etc.). Et dans ce cadre, la Cour constitutionnelle a décidé en mars dernier de poser six questions préjudicielles à la Cour de justice des communautés européennes (CJCE).

Elle a interrogé la Cour de justice sur la conformité du mécanisme de ratification parlementaire induit par le décret, ainsi que sur les permis ratifiés par le Dar à la Convention d’Aarhus (participation du public au pouvoir décisionnel) et à une directive européenne (évaluation des incidences de certains projets sur l’environnement). Les plaidoiries ont eu lieu début juin, et l’avis de la CJCE ne devrait tomber que l’année prochaine.