L’école est en crise. C’est un constat que tout le monde fait. Précisément parce qu’elle ne cesse de grandir en importance. "La présence obligatoire d’un enfant à l’école s’allonge toujours davantage. Cela se fait par le haut, via les études supérieures qui sont quasiment obligatoires, et par le bas, du côté de la petite enfance où on commence toujours plus tôt", constate Jean De Munck. La nécessité de l’école est d’autant plus accentuée que les attentes qui lui sont adressées sont toujours plus lourdes et contradictoires. "L’éducation à la politesse et au civisme, le stage en entreprise, la lutte contre l’obésité, l’apprentissage du permis de conduire Les demandes sont infinies à l’adresse de l’école et viennent de lieux inconciliables entre eux. Le politique tire dans un sens, l’économique dans l’autre. Notre société n’est pas cohérente. L’école doit donc trouver une posture qui lui permette de résister à ces appels multiples et contradictoires", soutient le sociologue.

Face à cette crise, poursuit-il, "nous sommes partis à la recherche des ressources de sens internes à l’école et, en particulier, à l’école catholique. Il a fallu repérer sur la carte historique et politique la place de notre communauté scolaire et ce qu’elle pouvait apporter" (NdlR : 61 % des élèves du secondaire et plus de 40 % du fondamental sont dans une école catholique en Communauté française).

Et c’est là que la question fondamentale de l’autonomie de l’école se pose. "Notre communauté scolaire a-t-elle suffisamment conscience de sa richesse et de son autonomie pour faire face aux pressions qui viennent de tous les côtés de la société ?" Autrement dit, y a-t-il un acteur collectif autonome possible ? Quelle place pour la démocratie associative ? "A cela, nous répondons par l’affirmative : oui, l’école catholique en Belgique est une promesse d’autonomie. Historiquement, elle apparaît comme un biotope très particulier où s’est cristallisée une conception humaniste de l’éducation. Pendant longtemps, elle s’est adossée au clergé. Jusque dans les années 60, ce dernier fournissait - bien ou mal - une espèce de colonne vertébrale institutionnelle à l’école. Ce clergé s’est raréfié dans les années 70-80 mais l’acteur collectif était constitué, avec sa culture propre. Ce dernier a pris le relais." Aujourd’hui, pas moins de 8 000 volontaires siègent dans les pouvoirs organisateurs du réseau catholique. Et le spécialiste de commenter : "C’est quand même non négligeable comme démocratie associative. Au fond, la société civile s’est organisée autour de l’école".

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