Les associations de victimes de prêtres et de religieux pédophiles ne pourront plus se plaindre que l’Eglise fait la sourde oreille. Pendant trois jours, dans les locaux de la Grégorienne - l’université jésuite de Rome choisie comme pour prendre quelque distance au propre comme au figuré avec la haute hiérarchie ecclésiale et le Vatican - les responsables de l’Eglise ont voulu (dé)montrer qu’elles rompaient définitivement avec un passé peu glorieux : comme l’a dit le procureur du Vatican, l’omniprésent Mgr Charles Scicluna, l’institution ecclésiale ne s’abandonnera plus à "la culture mortifère du silence". Plus que jamais, a-t-il dit, "l’Eglise doit écouter la colère des victimes et les aider sur le chemin de la guérison et à aller de l’avant. Car réduire la personne à l’abus subi serait un affront aux victimes".

En écho à cet appel doublé d’une demande de pardon sincère, l’archevêque de Tours, Mgr Aubertin, qui est juriste de formation, a plaidé pour que dans tous les cas, l’Eglise collabore étroitement avec la justice civile. On serait donc tenté de dire que l’Eglise sort de ses inextricables problèmes en abandonnant ses vieux démons.

Hélas, les débats de la Grégorienne ont montré qu’il y a encore loin du calice aux lèvres : si du côté de l’Europe occidentale, on va dans la bonne direction, c’est encore loin d’être le cas sur les autres continents : l’Afrique et l’Asie ne connaissent pas une culture de la révélation ou la dénonciation de faits mais pire encore, les Eglises locales y font de la résistance. Voilà encore un immense défi pour l’Eglise sur des continents qui comptent, à ses yeux, beaucoup d’âmes à conquérir face à des concurrents redoutables.