A chacun son gaffeur... Au CD&V, Yves Leterme endosse désormais une solide réputation en la matière : interview dans "Libé", Marseillaise le 21 juillet, troc institutionnel... Ses amis démocrates chrétiens l'ont prié de se tenir silencieux jusqu'à ce qu'il reprenne le flambeau qu'Herman Van Rompuy lui cédera, probablement, dans une semaine, si tout va bien.

Il a trouvé son alter ego au CDH : s'exprimant dans le cadre des fêtes de Wallonie, le bourgmestre de Charleroi, Jean-Jacques Viseur, qui négocia aux côtés de Joëlle Milquet, a estimé que "s'avancer dans les négociations en excluant une grande famille politique francophone ou les gouvernements des Régions était non seulement une imprudence mais aussi une faute". Le CDH voudrait donc faire venir le PS à la table des négociations ? Jean-Jacques Viseur a vite nuancé son propos : l'extrait de son discours devait s'entendre dans le cadre des éventuelles négociations institutionnelles demandant des majorités des deux tiers qui pourraient, le cas échéant, s'ouvrir après la constitution du prochain gouvernement. Tous les partis francophones et toutes les entités ne doivent faire l'objet, insiste-t-il, d'aucune exclusive.

Il n'empêche, le trouble était jeté et il n'en fallait pas plus pour que, de Porto, où il assiste à une réunion des ministres européens des Finances, le président du MR, Didier Reynders se lâche : "Il est temps que le CDH clarifie sa position, il n'est pas question de laisser se développer une négociation parallèle." Et le libéral de s'étonner du propos de J.-J.Viseur, comme si quiconque allait jeter une exclusive, après la constitution du gouvernement, au moment où il s'agira bien de chercher une majorité des deux tiers.

La bande des quatre

Ce nouveau petit incident révèle, une fois de plus, la grande crispation qui subsiste entre les partis de l'orange bleue. Les présidents de partis sont toujours à cran. Pourtant, en début de semaine, le climat semblait nettement meilleur. La preuve ? Les présidents de partis continuent de respecter l'ultra confidentialité imposée par l'explorateur, Herman Van Rompuy.

Aucun des quatre, (Joëlle Milquet, Didier Reynders, Jo Vandeurzen et Bart Somers) n'a évoqué la rencontre très secrète organisée lundi soir dans les salons de la présidence de la Chambre autour d'un bon petit repas : c'est la première fois, depuis le début de la mission de l'explorateur, que la bande des 4 était ainsi réunie pour une discussion "à bâtons rompus". C'est lors de cette rencontre que les présidents ont suggéré à l'explorateur d'élargir un peu sa mission et de ne pas limiter son champ d'action à l'institutionnel et à BHV.

En fait, cela n'était pas nécessaire car rien n'interdit à Herman Van Rompuy de parler d'autre chose... Ce qu'il fera d'ailleurs, la semaine prochaine, avec les présidents de parti.

Car si la problématique institutionnelle constitue une pierre d'achoppement, le dossier budgétaire, par exemple, est loin d'être une sinécure. En effet, à la fin de la législature, la Belgique devra présenter un surplus de 1 pc. Or les demandes fiscales et sociales sont nombreuses et il y a aussi, paraît-il, un reliquat important de factures impayées.

And the winner is... Leterme

Même si Van Rompuy poursuit sa mission (un nouveau rapport intermédiaire au Roi est prévu lundi), il ne fera qu'esquisser les contours d'un accord sur chaque dossier : BHV, les réformes institutionnelles et le budget. Chercher à dénouer la crise, comme le lui a demandé le Roi, c'est voir où sont les possibilités d'un accord.

Mais il ne lui appartiendra pas de négocier l'accord, même s'il est en vue. Subtil ! Mais que ne ferait-on pas pour ménager les susceptibilités des uns et des autres, (de l'un surtout).

Autrement dit, c'est à Yves Leterme qu'on laissera le plaisir de poser la cerise sur le gâteau. N'en déduisez pas qu'il ne fera rien. Car l'ultime négociation sera délicate et comprendra bien tous les dossiers : pas question de s'engager sur le communautaire ou sur BHV si l'on n'a pas ce que l'on veut dans le fiscal et le social. Et inversement.